Nora Ephron, la plume acérée qui a révolutionné la comédie romantique et le journalisme
Nora Ephron, plume acérée de la comédie romantique et du journalisme

Nora Ephron, l'icône méconnue qui a façonné nos vies sentimentales

Si son nom ne vous est pas familier, vos débats intérieurs les plus complexes sur l'amour lui doivent probablement beaucoup. Reine incontestée de la comédie romantique américaine, Nora Ephron a imaginé au début des années 1990 les scénarios légendaires de Quand Harry rencontre Sally et Nuits blanches à Seattle, œuvres qui lui ont valu deux de ses trois nominations aux Oscars. Mais son talent ne se limitait pas au cinéma.

Une plume tranchante dans le paysage journalistique

Écrivaine de génie, sa rubrique dans le magazine Esquire, où elle abordait sans détour les problématiques féminines, lui a valu le surnom d'« enfant terrible du Nouveau Journalisme ». Piquante, hilarante et d'une franchise absolue, la regrettée Nora Ephron, disparue en 2012, était cette amie vers qui l'on se tournait pour un avis sincère, que l'on détestait parfois immédiatement après l'avoir reçu.

Dans son recueil J'en fais toute une histoire, elle fustige sans ménagement les ouvrages destinés aux femmes mûres : « Ce sont des ramassis de clichés positifs qui vous racontent combien la vie peut être formidable une fois libérée des contraintes parentales, des menstruations et, dans certains cas, des emplois à plein temps. Je trouve ces livres totalement inutiles. Pourquoi écrire des livres pour dire que c'est mieux d'être vieux que jeune ? Ce n'est pas mieux. »

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Un témoignage acéré sur l'Amérique en mutation

Publié en 2006, épuisé depuis plus de vingt ans et désormais retraduit, ce recueil de miscellanées explore avec une ironie mordante le vieillissement, l'amour, le divorce, la parentalité et l'obsession de la performance. Il offre un regard féroce sur une société américaine dont Nora Ephron a vécu les grandes révolutions.

Stagiaire au service presse de la Maison-Blanche en 1961, elle se décrit comme « sans doute la seule jeune femme qui ait travaillé à la Maison-Blanche sous Kennedy et que le président n'ait pas draguée ». Installée à New York lors de « l'invention de la pilule contraceptive » et de « la publication du premier livre de Julia Child », elle observe l'« esprit de compétition effréné » qui s'empare alors des New-Yorkaises.

Une vie personnelle tumultueuse et engagée

Mariée trois fois et divorcée deux fois, Nora Ephron fut l'épouse dans les années 1970 du journaliste Carl Bernstein, qui révéla avec Bob Woodward le scandale du Watergate en 1974. En 2005, elle dévoile dans Vanity Fair l'identité de « Gorge profonde », la source des deux journalistes du Washington Post.

Dans le texte « Bill et moi : le désamour », elle revient sur son amour platonique pour Bill Clinton, l'affaire Monica Lewinski, la guerre d'Irak, et règle ses comptes avec virulence : « J'ai eu envie de prendre mon téléphone et de l'appeler pour lui dire : “Si tu crois vraiment ce que tu dis, sale hypocrite, pourquoi tu ne montes pas au créneau contre cette guerre ?” »

Un héritage littéraire qui marque les esprits

Le succès de ce livre tient à son parfait équilibre entre humour et tendresse, et à la justesse d'une plume qui n'hésite pas à écrire les vérités qui dérangent, mais toujours avec bienveillance. « Les quatre dernières années de psychanalyse sont une dépense inutile », « Tout ce qui vous déplaît dans votre corps à l'âge de 35 ans, vous le regretterez à l'âge de 45 », « Ne présumez jamais de rien », « Notez tout », « Achetez, ne louez pas »... Après la lecture de cet ouvrage, plus aucune plainte n'est permise : Nora vous aura prévenu.

J'en fais toute une histoire, de Nora Ephron, traduit de l'anglais (États-Unis) par Olivier Deparis (L'Olivier, 216 pages, 17 €), reste un témoignage indispensable sur une époque et une femme exceptionnelle.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale