L'Ambre et le Masque : Mireille Pluchard ressuscite les gantiers-parfumeurs de Nîmes
Avec L'Ambre et le Masque, la Cévenole de naissance et de cœur célèbre les sens, entre intrigues, passion et savoir-faire au XVIIIe siècle. Mireille Pluchard ressuscite des métiers anciens.
Où avez-vous puisé l'idée de ce nouveau roman qui nous emmène à Nîmes dans les années 1780 ?
J'avais envie de parler de la renaissance de Nîmes. Après avoir tardé à sortir du Moyen-Âge, la ville s'est totalement réveillée au XVIIIe siècle sous l'égide de quelques personnalités qui en ont fait un exemple de modernité et l'ont aidée à ouvrir ses murs, et à s'ouvrir au commerce. C'était important de parler de Nîmes et de m'éloigner un peu de mes chères Cévennes natales, même si je ne les oublie pas pour autant puisque je fais aussi référence dans l'ouvrage à la Basse Ardèche qui est encore cévenole, à travers l'affaire des Masques armés de 1783 dans le Vivarais, une fronde contre le pouvoir royal. C'est autour de ces deux éléments que j'ai bâti ce roman dans lequel la jeune Gersende va devoir lutter pour sauver la ganterie de son père, convoité, sur fond de vengeance, par son oncle.
Effectivement, vous nous offrez une échappée dans l'univers de la confrérie des maîtres gantiers-parfumeurs…
Au XVIIIe siècle, les maîtres gantiers-parfumeurs de la région étaient très cotés, et très nombreux sur la place de Nîmes. En ce temps-là, on se lavait beaucoup moins, pour ne pas dire pas du tout, alors on se poudrait le visage et les cheveux pour masquer les miasmes, et on parfumait l'intérieur des gants pour semer des fragrances autour de soi quand on agitait les mains en parlant. Les gantiers faisaient venir des Cévennes les peaux de mouton ou d'agneau, ou certaines plus recherchées comme le galuchat, un cuir réalisé à partir de peaux de poissons. Et ils bénéficiaient aussi de la production de parfum à Montpellier qui était à l'époque la capitale française de la parfumerie, bien avant Grasse. Cette tradition du gantier-parfumeur s'est éteinte progressivement ; au 19ème siècle n'est plus restée dans la région que la tradition du gant de cuir.
Au fil de vos livres, vous sortez de l'oubli tous les gestes immuables des métiers qui ont fait la réputation cévenole…
Oui, j'essaie de raconter ce patrimoine immatériel, le travail de la soie, de la mine, de la poterie… Tant de savoir-faire de la région, de témoignages du passé, ont disparu. À la place fleurissent des musées : Maison Rouge à Saint-Jean-du-Gard, témoin de l'univers des filatures, la Mine Témoin d'Alès ou la Maison du Mineur à La Grand-Combe, des musées des outils anciens… Mais on ne peut pas faire des musées pour tout ce qui a disparu. Alors il n'y aura bientôt plus que les livres pour parler de ce patrimoine qui était avant tout le travail des gens. C'est aussi toutes les mémoires de ces ouvriers à qui l'on donnait juste de quoi se nourrir pour pouvoir aller travailler le lendemain que j'essaie de réveiller. Parce qu'on vient tous d'une histoire, on vient des gens de la terre ou de la mine, des gens de la soie ou de la pêche…
En quoi ces Cévennes que vous magnifiez vous offrent-elles une inspiration particulière ?
Les Cévennes sont au départ de tout. En particulier dans mes personnages, parce qu'une région, c'est un climat qui induit une végétation, et par-delà, cela forge le caractère et même le physique des gens. On peut parler des Cévennes à l'infini, elles offrent des diversités de paysages qui induisent des diversités de mentalités. Je pense que ce sont les paysages et le climat qui font l'homme et qui font l'histoire.
La valse des parfums
Après Isolde ou le secret des fleurs (paru en 2022), une plongée dans le monde du parfum, du Gévaudan au lointain Orient durant le Moyen-Âge, et aujourd'hui L'Ambre et le masque, balade odoriférante dans le Nîmes du XVIIIe siècle, Mireille Pluchard achèvera son voyage dans l'univers du parfum à travers les âges, en 2026. Avec Parfums d'interdits, qui se déroulera pendant la Seconde guerre mondiale – toujours dans les Cévennes, bien sûr ! – elle évoquera le monde des huiles essentielles et de l'aromathérapie, un terme inventé en 1936 par un chimiste lyonnais.
"L'Ambre et le masque", éditions Presses de la Cité, 464 pages, 23 €. À paraître le 28 août.



