Une intronisation littéraire dans la tradition allaisienne
C'est officiel : j'ai été élu à l'académie Alphonse-Allais. Nous avons célébré cet événement à La Crémaillère 1900, sur la place du Tertre à Montmartre. Je m'étais renseigné au préalable : aucun uniforme ni épée requis, ces accessoires onéreux qui pèsent lourdement sur les finances des nouveaux élus à l'Académie française.
Les avantages d'une académie différente
Notre académie présente plusieurs atouts distinctifs. D'abord, l'avantage numérique : nous comptons 171 élus contre seulement 40 à l'Académie française. Ensuite, l'espérance de vie des allaisiens est supérieure à celle des académiciens français. Nous avons certes des membres âgés – dont moi-même –, mais nous accueillons également plus de jeunes qu'il n'y en a Quai de Conti.
L'admission dans ce cénacle prestigieux ne nécessite pas de fastidieuses visites protocolaires. Il suffit de recevoir l'un des trois prix littéraires décernés par les académiciens. J'ai ainsi obtenu le prix René-de-Obaldia pour mon minipolar Presque tout Corneille, ce qui m'a automatiquement conféré le statut d'académicien Alphonse-Allais.
Réflexions sur le rire et la littérature
Le rire pose un problème fondamental : il vieillit plus rapidement que les larmes. Tous les auteurs comiques devraient y réfléchir avant d'écrire. Euripide continue d'émouvoir aux larmes, tandis qu'Aristophane ne fait plus rire. Je me souviens particulièrement de cette scène pathétique d'un homme malade ne trouvant personne pour mourir à sa place, excepté son épouse.
Lors d'un voyage de presse à Bangkok, j'ai versé des larmes en lisant Alceste entre deux séances de massage des pieds – ma modeste manie sexuelle. Cette expérience m'a rappelé la puissance durable des émotions tragiques.
Célébration et publications
Après les discours – le mien a duré moins de cinq minutes, suivant le conseil de William Faulkner –, une chanteuse blonde a été applaudie bien que personne ne l'écoutât vraiment. Mon intronisation coïncidait avec la parution du nouveau numéro de Planet Paris Montmartre, le trimestriel dirigé par Midani M'Barki.
Midani M'Barki est le meilleur rédacteur en chef que j'aie connu dans une vie riche en rédacteurs en chef : il ne lit aucun article, même après leur publication. Le numéro printemps 2026 est consacré aux ponts de Paris, où j'ai signé un article désopilant qui ne fera plus rire personne dans cent ans.
L'héritage d'Alphonse Allais
Alphonse Allais, né à Honfleur en 1854 et mort à Paris à 51 ans, reste célèbre pour sa phrase : « Ne nous prenons pas au sérieux, il n'y aura aucun survivant. » Son influence s'est étendue jusqu'à Anne Hidalgo, qui reprit son idée de « mettre Paris à la campagne ».
Enterré à seulement cinq stations de métro de mon domicile, au cimetière de Saint-Ouen, sa tombe fut bombardée par la Royal Air Force en avril 1944 – événement qui l'aurait sans doute beaucoup amusé, puisqu'il était déjà décédé. Il publia son fameux Pas de bile ! à 39 ans, âge où je ne me faisais pas de bile moi-même.
Cet adepte de l'insouciance succomba finalement d'une phlébite mal soignée. Ayant abondamment écrit pour de nombreux journaux, il s'était fatigué à être cinglant – une fatigue qui, selon lui, valait la peine d'être éprouvée.



