Une promesse historique enfin concrétisée
C’était une promesse solennelle d’Emmanuel Macron, prononcée en 2017 lors d’un discours mémorable à la jeunesse africaine à Ouagadougou, au Burkina Faso. Ce lundi, les députés français ont unanimement adopté un projet de loi très attendu sur le continent africain pour faciliter les restitutions d’œuvres pillées durant la période coloniale. Ce vote unanime marque une étape décisive dans un processus long et complexe.
Un cadre juridique pour tourner la page
Le projet de loi, adopté par 170 voix, doit désormais faire l’objet d’un accord entre députés et sénateurs avant une éventuelle adoption définitive. « Cette loi est attendue en France et dans le monde entier », a souligné avec émotion la ministre de la Culture Catherine Pégard dans l’hémicycle. Elle a estimé qu’il ne s’agissait pas seulement d’un « outil juridique », mais bien du choix « d’ouvrir une nouvelle page de notre Histoire », reconnaissant ainsi les blessures du passé colonial.
Des conditions de conservation controversées
Les députés ont toutefois adopté, contre l’avis ferme du gouvernement, un amendement demandant aux États bénéficiaires de s’engager à conserver les biens restitués selon des standards internationaux stricts, et à garantir leur accessibilité au public. Cette conditionnalité a suscité de vifs débats. La ministre a déploré que cela porterait « atteinte à la souveraineté » de ces États et « fragiliserait la portée symbolique et politique de cet acte, fondé sur une logique de confiance ».
La gauche, le Modem et le groupe macroniste s’y sont opposés, tandis que la droite et l’extrême droite ont soutenu cette mesure. Ce clivage révèle les tensions persistantes autour de la mise en œuvre concrète de ces restitutions.
La France, pionnière en Europe
Les demandes de restitution ne sont pas nouvelles, mais elles se heurtaient depuis des décennies à la résistance des grands musées occidentaux. Reléguées au second plan, elles ont été portées à nouveau avec force au début des années 2010. Après son élection, Emmanuel Macron en a fait une promesse politique majeure. Neuf ans plus tard, les restitutions effectives se comptent encore sur les doigts d’une main, mais le cadre légal change la donne.
La France fait office de pionnière en Europe, avec un premier retour hautement symbolique de 26 trésors d’Abomey au Bénin et du sabre d’El Hadj Omar au Sénégal en 2020. Cependant, il faudra attendre cinq années supplémentaires pour qu’un « tambour parleur » confisqué à la Côte d’Ivoire depuis 1916, le célèbre « Djidji Ayokwe », soit finalement restitué début 2026.
Des restrictions temporelles et matérielles débattues
Le texte adopté ne vise que les biens ayant été acquis entre 1815 et 1972, couvrant ainsi la période du second empire colonial français jusqu’à l’entrée en vigueur d’une convention de l’Unesco fixant un régime de restitution dans le droit international. Sans succès, les groupes de gauche ont tenté de supprimer ces bornes temporelles, déplorant par exemple que le Codex Borbonicus, trésor gardé au Palais Bourbon et réclamé par le Mexique, n’entre pas dans son champ d’application.
Ils ont aussi tenté, en vain, de supprimer l’exclusion des biens militaires prévue dans le texte. Visé notamment, le canon Baba Merzoug, réclamé avec insistance par l’Algérie, actuellement installé dans le port de Brest. Ce canon avait été capturé lors de la conquête coloniale, symbolisant les prises de guerre de l’époque.
Un afflux de demandes attendu
À ce jour, les « demandes » de restitution « ne sont pas nombreuses », une dizaine en tout selon le ministère de la Culture. Cependant, les experts s’attendent à ce qu’elles commencent à affluer de manière significative une fois la loi promulguée et entrée en vigueur. Ce texte ouvre ainsi la voie à une reconfiguration majeure des collections muséales françaises et à un rééquilibrage des récits historiques.
Cette loi représente donc un tournant dans les relations culturelles entre la France et les anciennes colonies, mêlant reconnaissance historique, enjeux diplomatiques et questions éthiques sur la propriété du patrimoine.



