Sylvain Kermici dévoile Les Voies souterraines, un roman noir sur la violence urbaine
Les Voies souterraines de Kermici : plongée dans la violence urbaine

Les Voies souterraines de Sylvain Kermici : une plongée dans l'ombre de Paris

L'imagination fertile de Sylvain Kermici donne naissance à des univers sombres et inquiétants. Son premier roman, Hors la nuit, narrait la descente aux enfers d'un homme obsédé par sa belle-sœur enceinte. Le deuxième, Requiem pour Miranda, dépeignait le calvaire d'une femme séquestrée par des tortionnaires dans une maison de montagne isolée. Le troisième, Pandémonium, se situait dans un cinéma pornographique où un gourou mystérieux influençait ses disciples à travers un trou dans l'écran. Voici désormais Les Voies souterraines, une œuvre encore plus proche de l'univers de Cronenberg, explorant les profondeurs troubles de l'âme humaine.

Deux âmes perdues dans le métro parisien

L'auteur cultive une fascination pour les lieux interlopes et les individus marginalisés. Cette obsession se manifeste par des fusions dérangeantes entre l'humain et son environnement. Joshua, pickpocket aguerri dans le métro parisien, incarne cette symbiose malsaine : « Il devient le lieu qu'il hante. Personne ne le voit quand il s'immisce dans la confusion des quais. L'adhésion confine à une forme d'épiphanie. La transgression devient alors possible. »

Il croise la route de Liz, une jeune femme à la santé mentale fragile. Une connexion immédiate s'établit entre eux, une reconnaissance instinctive de deux bêtes blessées – ou affamées. « Joshua et Liz. Liz et Joshua. Le tueur et la jeune démente. Ils retournent dans leur chambre, leur nid douillet. »

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Un hôtel miteux et un Paris à deux visages

Blottis dans un hôtel sordide, ils cohabitent avec l'esprit malade des lieux, les âmes en peine qui y résident, et le cerbère qui en garde l'entrée. La violence environnante déborde inexorablement jusqu'à eux. Le périphérique qui encercle l'hôtel est décrit comme une paroi utérine, un placenta géant, où les voitures vrombissent tel le sang dans une artère.

À l'intérieur de cette enceinte, Paris apparaît belle et prometteuse ; à l'extérieur, un néant peuplé d'ectoplasmes. Liz et Joshua, cet animal à deux têtes au grand cœur meurtri, transitent de la ville lumineuse aux zones grises, entraînant avec eux des victimes innocentes. Liz séduit, Joshua tue – un duo macabre orchestrant une escalade criminelle.

La violence comme virus social

De cette spirale meurtrière, Sylvain Kermici tire un conte cruel qui conceptualise la violence comme un nuage de miasmes. Ceux-ci se transmettent des surfaces aux peaux, des peaux aux tripes, et des tripes au caniveau. Les bas-fonds de la société, où se côtoient laissés-pour-compte, crapules, vulnérables et indésirables, forment le nid à microbes où le mal se développe et prolifère.

Les Voies souterraines, avec son écriture opulente et ses images entêtantes, constitue une mise en garde puissante. La membrane qui protège nos vies tranquilles est bien plus fine que nous osons l'imaginer. Ignorer le malheur et la solitude d'une partie de la population ne nous immunise aucunement contre le virus que notre propre système a engendré.

Ce roman nous rappelle que l'ombre et la lumière coexistent dans la même ville, et que négliger l'une peut faire basculer l'autre dans le chaos.

Les Voies souterraines, de Sylvain Kermici (éditions Plon, 192 pages, 20 euros).

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