Malgré un temps d'abord orageux puis ensoleillé, la Plage aux écrivains a de nouveau trouvé son public ce week-end sur le front de mer d'Arcachon. L'événement a même été marqué par une visite présidentielle surprise.
Un rendez-vous incontournable
La Plage aux écrivains d'Arcachon est si bien installée dans le paysage du Bassin que la météo n'a absolument plus aucune prise sur sa fréquentation. Chaque année, la foule se presse pour acheter des livres (3 500 par édition) et écouter sous le chapiteau des rencontres avec des auteurs plus ou moins locaux, plus ou moins connus, plus ou moins littéraires. Ils sont ainsi une trentaine à avoir la chance de s'asseoir derrière une petite table haute pour signer leurs livres et parler avec leurs lecteurs. Les plus célèbres, ceux qui passent à la télé, dédicacent à tour de poignet. À ce jeu de l'auteur qui provoquera la plus longue file d'attente, Lætitia Colombani est sur le podium, assurément, sans pour autant égaler les queues interminables que savait faire naître Katherine Pancol. Yasmina Khadra ne se défend pas si mal non plus question signatures.
François Hollande en visite
« On vend tous des livres, explique Sophie Avon, l'ancienne journaliste de Sud Ouest venue avec Les Filles, son dernier roman paru au Mercure de France. Il y a toujours beaucoup de monde lors des rencontres organisées pendant le week-end et les gens peuvent donc nous découvrir. » C'est vrai qu'on trouve rarement une chaise libre sous le chapiteau où sont interviewés les auteurs. Dès ce dimanche matin, la salle est quasi pleine pour écouter Julien Birban interrogé par Claude Le Roy à propos de Mercury Baby (Héloïse d'Ormesson). Le chapiteau des rencontres ne désemplit pas pendant la Plage aux écrivains d'Arcachon, du samedi matin au dimanche soir.
Claude Le Roy, l'ancien sélectionneur du Cameroun et du Sénégal, celui qu'on voit à la télé dans L'Équipe du soir pour parler foot, a pris son rôle d'intervieweur littéraire très à cœur. « J'avais la trouille, dit-il après la rencontre. J'ai bossé ! Après, je suis surtout heureux que l'auteur soit content. Faire plaisir est égoïste, n'est-ce pas ? » Benoît Disseaux, le directeur de l'Olympia, tenait à le faire venir après l'avoir rencontré dans une piscine. Il a bien fait.
C'est l'habitude à la Plage aux écrivains de donner à voir des personnages tels qu'on ne les avait jamais vus avant. Ce samedi, c'est un autre personnage que personne ne s'attendait à rencontrer qui s'est pointé : l'ancien président de la République François Hollande. En campagne ? C'est bien possible. Il était accompagné de Philippe Buisson, le maire de Libourne. François Hollande a déjà été invité à Arcachon, à la Plage et au Grand débat en mai et novembre 2023. À chaque fois, gros succès, beaucoup de monde et des rires, tout au long de chacune de ses conférences. L'ancien président est comme chez lui dans cette ville de droite.
Raoult, Wakefield et les autres
Mais le public vient avant tout à la Plage pour entendre des choses intelligentes. Ils sont servis. Ce dimanche matin parle de science et même de faussaires de la science. C'est le sujet des Mystificateurs (Flammarion), le livre du journaliste Patrick Cohen, un local puisqu'il a une maison à Pyla, interrogé par Nathalie Saint-Cricq. Il raconte l'histoire du chirurgien anglais Andrew Wakefield, auteur d'une étude en 1998 avançant un lien entre l'autisme et les vaccins contre la rougeole. « C'est un journaliste du Sunday Times qui a démontré le bidonnage de l'étude, précise Patrick Cohen. Mais ça continue de faire des ravages aux USA où la rougeole, éradiquée depuis vingt ans, repart. » Grâce à l'appui de Donald Trump et de son ministre de la Santé antivaccin Kennedy Jr.
« Ce sont des figures d'autorité, dit-il, qui peuvent créer un trouble dans l'opinion. Avec le renfort des réseaux sociaux et parfois des médias. Certains escroquent les gens, comme Wakefield, d'autres recherchent la gloriole, et d'autres encore sont vraiment sincères ! Et parfois, nous les croyons aussi ! Quand un homme, le Dr Raoult, se dit le plus grand virologue du monde, et vous dit au début du Covid que ce sera facile à soigner, c'est rassurant ! Après, la science gagne. Il y a eu une vague anti-science pendant la pandémie mais aussi une mobilisation sans précédent qui a fourni des vaccins en quelques mois. »
Juste après lui vient Allain Bougrain-Dubourg, le président de la Ligue de protection des oiseaux, pour son La Biodiversité pour les nuls (First Éditions). Et lui refroidit tout le monde : « La Terre a 4,5 milliards d'années. Si on compresse sur une semaine, le dimanche à 0 h 00, la planète se forme. La vie apparaît mercredi à midi. Les dinosaures dimanche à 16 heures, Lucie à 23 h 57 et Jésus-Christ à minuit moins un quart de seconde. Et qu'a-t-on fait de notre planète ? » Dehors, sur la plage, le ciel est couvert… Comme chaque année, les 17 000 huîtres offertes par vingt ostréiculteurs et ouvertes en deux heures par 200 bénévoles ont été avalées en quelques minutes samedi midi.



