Kamel Daoud condamné en Algérie : la littérature face à la censure
Kamel Daoud condamné : la littérature face à la censure

La condamnation de Kamel Daoud : un symbole de la répression en Algérie

Je me souviens distinctement d'une soirée d'automne où nous étions plusieurs centaines de personnes rassemblées pour défendre Boualem Sansal. L'écrivain algérien était alors emprisonné par la dictature qui menaçait de le laisser mourir dans sa cellule. Ce soir-là, Kamel Daoud s'est levé, s'est approché du micro et a prononcé ces mots prophétiques : « Un jour, la prison de Boualem Sansal sera la nôtre. » Un silence lourd s'est abattu sur la salle, chacun se faisant petit, conscient de la terrible justesse de cette affirmation. Celui qui cesse de défendre la liberté finit inévitablement par partager le sort de ceux qui en ont été privés. Peu importe que la situation semble absurde, car l'absurde n'en est pas moins réel.

Une condamnation sous une loi controversée

Un tribunal algérien vient effectivement de condamner Kamel Daoud à trois ans de prison ferme. Cette sentence s'appuie sur l'article 46 de la « Charte pour la paix et la réconciliation nationale », instaurée à la fin de la guerre civile algérienne. Ironiquement, cette loi réprime précisément ceux qui osent évoquer ce conflit douloureux. La newsletter Débats et Opinions, qui propose une sélection d'articles pour comprendre les enjeux contemporains, rappelle l'importance de ces combats pour la liberté. En s'inscrivant, les lecteurs acceptent les conditions générales d'utilisation et la politique de confidentialité du média.

Un hommage involontaire des censeurs

Le véritable crime, selon les autorités algériennes, n'est pas d'avoir fait couler le sang, mais d'oser dire qu'il a coulé. Kamel Daoud représente l'unique application concrète de cette loi déraisonnable. Son offense, qui le rend apparemment plus dangereux que des terroristes aux yeux du régime, est d'avoir brisé un tabou majeur dans son roman Houris, publié chez Gallimard et récompensé par le Prix Goncourt. Significativement, l'ouvrage commence par la reproduction intégrale de cet article 46 de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale.

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Les censeurs rendent ainsi un hommage involontaire à la puissance de la plume : en Algérie, l'écriture est officiellement reconnue comme une arme plus redoutable que la bombe. Le régime d'Alger, qui a déclaré une guerre ouverte à la littérature et à ses auteurs – Boualem Sansal et Kamel Daoud ne sont pas les seuls concernés – cherche à imposer un silence absolu. Cette répression dépasse les frontières algériennes, touchant également la France et d'autres pays à travers des procédures judiciaires farfelues mais néanmoins intimidantes.

La nécessité de la solidarité

Face à cette offensive, il est impératif de rester debout et, surtout, de rester aux côtés de Kamel Daoud. La liberté est indivisible et ne peut être morcelée. L'exemple des échines courbées voyage aussi efficacement que le souffle du courage. Il est crucial de se souvenir du texte lumineux de Georges Bernanos, « La Liberté, pour quoi faire ? », qui devrait nous guider aujourd'hui plus que jamais : « La pire menace pour la liberté n'est pas qu'on se la laisse prendre – car qui se l'est laissé prendre peut toujours la reconquérir –, c'est qu'on désapprenne de l'aimer, ou qu'on ne la comprenne plus. »

Ne pas désapprendre d'aimer la liberté commence ici et maintenant, par affirmer haut et fort une vérité simple et puissante : Nous sommes tous Kamel Daoud. Cette solidarité transnationale est essentielle pour contrer les tentatives d'étouffement de la parole libre et créatrice. Les écrivains, journalistes et citoyens épris de liberté doivent former un front uni contre l'arbitraire, rappelant que les mots, quand ils disent la vérité, restent une arme irrépressible face à l'oppression.

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