Journée mondiale du livre : quand les œuvres célèbres laissent les lecteurs sur leur faim
Alors que l'Unesco célèbre le 23 avril la Journée mondiale du livre et du droit d'auteur, cette date symbolique invite à réfléchir sur nos expériences de lecture. Si les livres ouvrent des fenêtres sur d'autres mondes, certaines œuvres, pourtant auréolées de prix ou saluées par la critique, peuvent se révéler de véritables déceptions. Nous avons lancé un appel à témoignages pour briser le silence sur ces désillusions littéraires, et vous avez été nombreux à partager vos sensibilités.
Le Petit Prince : un conte philosophique qui divise
Deuxième best-seller mondial après la Bible, Le Petit Prince d'Antoine de Saint-Exupéry suscite des réactions mitigées. Bien que présenté comme un conte philosophique, ce livre est accusé par certains lecteurs de n'effleurer les choses qu'en surface. Aurélie estime que « le niveau est bien trop bas, même pour les enfants », tandis que René évoque une « illusion de profondeur ». Justine, qui l'a lu à trois reprises – imposé par sa mère, à l'école, puis volontairement – le trouve « aberrant, sans queue ni tête, sans aucun sens, ni aucune émotion ressentie ». Plusieurs lecteurs peinent à comprendre « tout ce foin » autour de cette œuvre encensée par la majorité. Marie-Flore conclut avec humour qu'il lui « tombe des mains, heureusement, il est léger ».
Classiques français : des attentes trop élevées
Parmi les classiques français, À la recherche du temps perdu de Marcel Proust est fréquemment cité. Des lecteurs s'y sont attaqués avant d'abandonner, épuisés par un style jugé « engluant », selon Sylvaine, qui se définit pourtant comme « lecture-dépendante ». Madame Bovary de Gustave Flaubert est tombée des mains d'Eric et Stéphane, œuvre accusée d'avoir dégoûté des générations entières de la lecture, tout comme Victor Hugo et Émile Zola, omniprésents dans les programmes scolaires.
Phénomènes de mode et best-sellers décevants
Les succès de librairie en prennent aussi pour leur grade. La Femme de ménage de Freida McFadden, L'Alchimiste de Paulo Coelho, ou Changer l'eau des fleurs de Valérie Perrin sont jugés « nunuches », simplistes, superficiels et décevants au regard de leur succès populaire. L'Anomalie d'Hervé Le Tellier, prix Goncourt 2020 avec près de 700 000 exemplaires écoulés en 2021, a profondément déçu Laurence qui le qualifie de « roman de gare ». Elle estime que cet ouvrage de science-fiction est « une réelle anomalie parmi les vraies réussites primées les années passées et à venir », jugeant ce prix Goncourt clairement immérité.
Romance moderne et monuments littéraires mondiaux
Dans la romance moderne, des titres comme Ensemble c'est tout d'Anna Gavalda ou La Chronique des Bridgerton de Julia Quinn sont jugés superficiels, avec des personnages parfois qualifiés de toxiques ou « culcul » par Marie, qui pensait que la saga britannique comporterait « des intrigues à la Downton Abbey ».
Les ouvrages souvent qualifiés de monuments de la littérature mondiale ne sont pas épargnés. Nico s'est profondément ennuyé à lire Cent ans de solitude de Gabriel García Márquez, et estime avoir « été trahi par tous les critiques littéraires et tous les amateurs de littérature qui ont érigé ce brouillon au même rang que tant de chefs-d'œuvre intemporels ». Emmanuel trouve quant à lui qu'« il y a un certain snobisme à dire qu'Ulysse de James Joyce est grandiose ». Le classique Moby Dick d'Herman Melville est « une histoire qui tourne en rond, où la fin est inéluctable et attendue », juge Bambi. Astrid s'attaque à Sur la route de Jack Kerouac, qui est « une grosse déception [car] c'est brouillon, on suit un héros antipathique au possible, on ne sait plus de quel côté des États-Unis on se trouve, tellement ils font d'allers-retours… ».
La déception : un sentiment de trahison littéraire
Pour ces témoins comme pour de nombreux autres, la déception est souvent née d'attentes trop élevées, alimentées par le bouche-à-oreille, les critiques ou les programmes scolaires. Lorsqu'un lecteur s'attaque à un « chef-d'œuvre » survendu et qu'il ne ressent aucune émotion, la déception se transforme en un sentiment de trahison ou d'incompréhension face au reste du monde. Cette Journée mondiale du livre est l'occasion de rappeler que la lecture reste une expérience subjective, où chaque œuvre résonne différemment selon les sensibilités individuelles.



