André Gorz et Edgar Morin : une rencontre intellectuelle autour de la complexité
En 1981, André Gorz, également connu sous le pseudonyme de Michel Bosquet, publiait dans Le Nouvel Observateur une critique du deuxième tome de La Méthode d'Edgar Morin, intitulé La Vie de la vie. À l'occasion du décès d'Edgar Morin, survenu le 29 mai 2026 à l'âge de 104 ans, nous republions un extrait de ce texte, qui offre une introduction éclairante à la notion de complexité.
Un livre rare qui invite à penser la vie
Voici un livre comme il en paraît peu en un siècle. Fruit de dix années de travail, long de presque cinq cents pages, porté par une démarche originale tissant des idées et des concepts neufs, il ne prétend à rien de moins qu'à nous aider à penser la vie. À la penser, non pas à l'« expliquer », comme le ferait une science réductrice, mais à en saisir la complexité, l'unité dans la diversité, le mouvement perpétuel d'organisation et de désorganisation.
La complexité selon Morin
Edgar Morin, dans La Vie de la vie, développe une pensée qui embrasse la complexité du vivant. Il refuse les simplifications abusives et les cloisonnements disciplinaires. Pour lui, la vie est un phénomène à la fois biologique, physique, social et culturel. Elle ne peut être comprise qu'en reliant ces différentes dimensions, en acceptant les contradictions et les boucles rétroactives. André Gorz salue cette approche novatrice, qui ouvre des perspectives nouvelles pour la philosophie et les sciences.
Un héritage intellectuel majeur
La mort d'Edgar Morin, penseur de la complexité et de la reliance, laisse un vide immense dans le paysage intellectuel français et international. Son œuvre, qui s'étend sur plus de soixante-dix ans, a influencé des générations de chercheurs et de citoyens. André Gorz, lui-même philosophe et journaliste engagé, avait su reconnaître dès 1981 l'importance de cette pensée pour notre compréhension du monde. En redécouvrant cet article, nous rendons hommage à deux grands esprits qui ont marqué leur époque.



