Gertrude Bell : la reine du désert oubliée ressuscitée par une biographie
Gertrude Bell : la reine du désert oubliée ressuscitée

Le journaliste de France 24, Roselyne Febvre, publie une biographie romancée passionnante intitulée Le Pacte du désert (éditions du Rocher, 360 pages, 21,90 euros), qui fait revivre une figure méconnue de l'histoire : Gertrude Bell. Surnommée "la reine du désert" ou "Kathun" (reine sans couronne) au Moyen-Orient, cette archéologue anglaise du début du XXe siècle a été injustement éclipsée par le mythique Lawrence d'Arabie, dont elle était le double féminin.

Une exploratrice hors du commun

Gertrude Bell a osé, avec un courage admirable frisant parfois la folie, se rendre chez les Druzes ou en Arabie Saoudite, là où aucun Occidental n'avait jamais mis les pieds. Paradoxalement, cette riche héritière des aciéries Bell, première femme diplômée d'Oxford en histoire moderne, a été toute sa vie tiraillée entre son désir d'aventure et les conventions victoriennes imposées par son rang et son père qu'elle adorait, ainsi que son envie de fonder une famille et d'explorer le désert en toute liberté.

Une intelligence exceptionnelle

Brillantissime intellectuellement, elle parlait cinq langues et était portée par une foi inébranlable en elle, presque une arrogance. Elle n'a trouvé son bonheur qu'en voyageant avec ses hommes, dans le désert, à dos de chameau. Exploratrice, espionne, diplomate, elle a bravé tous les interdits par amour du Moyen-Orient. Sa fascination pour cette région venait probablement de sa volonté de fuir l'Angleterre victorienne qu'elle n'aimait pas. Elle ne s'intéressait pas aux enjeux géopolitiques, mais à l'ethnologie et à l'histoire. Sa grande force était de savoir sympathiser avec les tribus : elle entrait, habillée à l'occidentale, sous les tentes des cheikhs où elle était reconnue comme une égale. À l'époque, on disait d'elle qu'elle avait "une intelligence d'homme".

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Son rôle clé dans l'histoire

C'est Gertrude Bell qui a permis à Lawrence d'Arabie de mener sa révolte arabe, qui a dessiné les frontières de l'Irak moderne, et qui a imposé, en 1921, à Churchill et aux chefs régionaux, de nommer Fayçal comme premier roi d'Irak, dont elle deviendra la conseillère. Elle a fait basculer certaines tribus pour l'Empire britannique contre les Ottomans et a tracé les lignes de puits, permettant à Lawrence, à l'armée et aux Arabes de se diriger dans le désert. Elle réalisait des cartes du désert, effectuant tout le travail de fourmi avant que les armes ne parlent.

Points communs avec Lawrence d'Arabie

Il y avait de nombreux points communs entre eux. Tous deux voulaient donner l'autonomie aux Arabes sous l'égide de la Grande-Bretagne, tandis que les diplomates anglais prônaient l'annexion totale. Gertrude et Lawrence, qu'elle appelait "mon cher petit", étaient des érudits issus du monde de l'archéologie, des amoureux des vieilles pierres, poursuivant un rêve intellectuel et aimant le monde arabe.

Une âme tourmentée

Cette femme, saluée au début du XXe siècle comme l'une des plus puissantes de l'Empire britannique, était aussi une âme tourmentée. Depuis l'enfance, elle souffrait de ce que Churchill appelait son "black dog", sa dépression. Grande amoureuse, elle n'a connu que des amours compliquées et malheureuses, cherchant toute sa vie des hommes à sa mesure. Elle est morte seule à Bagdad, à 57 ans, en 1926, d'une overdose de barbituriques. Son corps était rudoyé par les années passées dans le désert. Le roi Fayçal n'avait plus besoin d'elle, et elle ne supportait pas l'idée de rentrer en Angleterre où elle n'avait pas sa place. L'hypothèse du suicide est sous-entendue depuis toujours : elle avait compris que sa vie était finie.

Un héritage oublié

Même si l'histoire a relégué Gertrude Bell, l'architecte de l'Irak moderne, aux oubliettes, il reste aujourd'hui son témoignage immémorial dans les œuvres réunies au musée national d'Irak, autrefois connu sous le nom de musée archéologique de Bagdad. C'est elle qui l'a créé en 1922 et qui en a constitué la collection. Ce musée, tristement célèbre pour avoir été pillé en 2003 lors de l'approche des troupes américaines, abritait sa statue érigée par Fayçal Ier. Il semble que cette sculpture ait disparu corps et biens, comme le souvenir de Gertrude Bell.

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