Fred Vargas : le retour d'Adamsberg dans "Une unique lueur"
Fred Vargas : le retour d'Adamsberg

On retrouve avec grand plaisir le commissaire fétiche de Fred Vargas et son équipe d’originaux, lancés sur un chemin sinueux passant par le Hollywood de la grande époque. Une réussite.

Une intrigue macabre et raffinée

Des jeunes femmes, toutes très belles, sont découvertes mortes sur le macadam parisien, tuées selon un rituel macabre aussi raffiné que terrifiant. Un sifflet en or, pas n’importe lequel, le fameux « gold whistle », le sifflet de l’amour que Humphrey Bogart offrit à la femme de sa vie, Lauren Bacall. Un tueur que l’on devine vite en série, éperdument et pathologiquement amoureux de « The Look ». La silhouette d’un homme portant un chapeau d’un autre temps. Un renardeau sauvé des eaux glaciales d’une rivière. Un poème de Gérard de Nerval, comme fil rouge de l’intrigue. Bienvenue dans l’univers du nouveau Fred Vargas.

Mais pour les fans de cette figure majeure de la littérature policière française, au-delà même du récit, il y a une question fondamentale qui se pose avant la sortie d’un de ses nouveaux romans : le commissaire Adamsberg, l’insaisissable patron de la brigade criminelle du commissariat du XIIIe et son équipe d’enquêteurs, en seront-ils ? Bingo ! Ils sont de retour, comme ils l’étaient déjà il y a deux ans dans « Sur la dalle ». Et en grande forme !

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Adamsberg, le pelleteur de nuages

On retrouve donc avec délice Jean-Baptiste Adamsberg, fils de cordonnier béarnais, amateur de garbure et de madiran, à la tête de son clan, lancé corps et âme sur les traces de l’« Ovni », du « fucking bastard », de « l’enfoiré », de « l’homme du sacrilège », cet assassin si précautionneux, qui maquille ses victimes et les habille avec soin. Adamsberg, le « pelleteur de nuages », le vagabond de l’esprit, avec ses intuitions, ses ruminations, ses fulgurances, ses doutes, ses rêveries songeuses et ses contemplations méditatives. Adamsberg une nouvelle fois perdu dans son « foutoir », ce « fouillis d’images et de sons », ses « pensées débridées », ces « fourmis qui s’apparentent à des microparticules, à ces poussières qu’on voit flotter dans un rai de lumière, à des férus de paille au vent, des riens, des vétilles illisibles ». Foutoir d’où sortira, comme d’habitude, la solution.

Fantaisie et poésie

Pour l’aider dans sa quête, impossible d’imaginer l’absence de Danglard, l’érudit, aussi rationnel que son patron est instinctif. On pense aussi au lieutenant Violette Retancourt, force de la nature au grand cœur, ou à Louis Veyrenc, l’ami, le confident, à qui Adamsberg conseille, dans une réplique à la Audiard : « Tu sais, Louis, si tu passes ton existence à t’énerver sur les cons, c’est mille vies qu’il te faudra. » Et tous les autres, Jourdain, Mordent, Froissy, Mercadet, auxquels s’ajoutent des petits nouveaux, formant une bande de flics originaux, soudés comme jamais, chacun s’acceptant avec leurs failles, leurs tocs, leurs jardins secrets. Des personnages qu’on a bien du mal à qualifier de « secondaires ».

Cette fois-ci pas de légendes, de bête du Gévaudan, d’araignées tueuses, de dolmens ou de peste bubonique. Fred Vargas nous livre une histoire moins tarabiscotée que dans certains de ses romans précédents. Tout en conservant cette fantaisie et ce brin de poésie qui font sa singularité. On en sort réjoui.

« Une unique lueur », de Fred Vargas, éd. Flammarion, 528 p., 23 €, ebook 15,99 €.

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