Exposition André Chamson à Nîmes : redécouverte d'un humaniste cévenol
Exposition André Chamson : un humaniste redécouvert à Nîmes

André Chamson : une exposition révélatrice à la médiathèque Carré d'art de Nîmes

La famille de l'écrivain André Chamson a généreusement offert ses archives à la bibliothèque Carré d'art de Nîmes, permettant la création d'une exposition captivante et profondément émouvante. Bien que son nom soit familier dans sa ville natale, son œuvre et sa carrière méritent une redécouverte approfondie.

Une injustice réparée par une exposition et un catalogue

L'exposition intitulée "André Chamson. Quels hommes sommes-nous devenus ?" présentée à la médiathèque Carré d'art, accompagnée d'un remarquable catalogue des éditions Alcide, corrige cette méconnaissance. Entre 2021 et 2024, la famille de l'écrivain, né à Nîmes en 1900, a transmis ses archives à la ville.

"Des dizaines et des dizaines de cartons, avec des manuscrits, des correspondances, des dessins, des photos", précise Eddy Noblet, conservateur responsable des fonds patrimoniaux. Le classement de ces documents a immédiatement ravivé l'intérêt pour l'auteur, attirant même un chercheur japonais souhaitant consulter la correspondance entre Chamson et le prix Nobel Yasunari Kawabata.

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Un parcours littéraire et engagé

Dès les premières vitrines, les visiteurs découvrent le manuscrit de son premier roman, Roux le bandit publié en 1925. Cet ouvrage sur l'objection de conscience, récemment traduit en russe, a provoqué un scandale peu après la Première Guerre mondiale. L'exposition présente également des lettres de soutien de Georges Duhamel et Romain Rolland, ainsi qu'une missive d'Alfred Roux, le véritable déserteur emprisonné au fort Miradou à Collioure en 1940.

André Chamson et son épouse Lucie Mazauric se sont rapidement intégrés au milieu littéraire parisien. Un dessin les montre attablés chez Adrienne Monnier aux côtés de Sylvia Beach, James Joyce et Francis Scott Fitzgerald. Malgré son succès précoce, l'écrivain reste engagé : dans les années 1930, il combat le fascisme, soutient le Front populaire via le journal Vendredi et appuie les Républicains espagnols.

Les années sombres de la Résistance

Dans une salle aux ambiances sombres, l'exposition plonge le visiteur dans les années de guerre. Pendant l'Occupation, Chamson refuse de publier, déclarant : "La boutique est fermée mais l'atelier est ouvert". Il continue à écrire, comme en témoigne un cahier de 1941 où apparaît cette ligne poignante : "J'écris pour le jour de la liberté".

Avec son épouse, il participe à l'évacuation des trésors du Louvre avant de rejoindre la Résistance et la brigade Alsace-Lorraine aux côtés d'André Malraux. Parmi les documents exposés figure un ordre de mission signé par le maréchal De Lattre de Tassigny. Pacifiste convaincu, il prend les armes pour défendre la France et les valeurs de liberté.

La reconnaissance et le retour aux racines

Après la guerre, Chamson retrouve son public avec Le Puits des miracles consacré aux années noires et Le Chiffre de nos jours évoquant son enfance. Les photographies le montrent inaugurant des expositions au musée du Petit Palais dont il assure la direction.

Les honneurs s'accumulent : élu à l'Académie française en 1956, il fait sculpter son épée par la Montpelliéraine Germaine Richier. Directeur des archives nationales, Grand-croix de la Légion d'honneur, c'est lui qui décore Valéry Giscard d'Estaing lors de son élection présidentielle en 1974.

À la fin de sa vie, l'écrivain renoue avec ses origines cévenoles, s'intéressant à l'histoire des camisards, au protestantisme et publiant La Superbe. Il prononce plusieurs discours à l'assemblée du Désert, continuant à alerter sur la nécessité de résister à l'arbitraire jusqu'à sa mort en 1983. "Un modèle d'intégrité et de valeur morale", souligne Eddy Noblet.

Témoignage familial émouvant

Catherine Velle, petite-fille d'André Chamson, exprime son émotion : "C'est merveilleux de retrouver tant de souvenirs de mon grand-père. Tout le monde peut y trouver quelque chose. Il aimait la montagne, à l'Aigoual. Il était pacifiste, mais il a quand même fait la guerre. Il s'est occupé des trésors du Louvre."

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Elle se souvient particulièrement des vacances à Villeneuve-lès-Avignon et de son initiation à la Camargue : "À 12 ans, il m'a mis sur un cheval. À 12 ans et demi, il m'a dit que j'étais bien en selle et que je pouvais trier les taureaux."

L'exposition se tient jusqu'au 11 juillet, du mardi au samedi de 10h à 18h. Un vernissage est prévu le 14 avril à 18h, suivi d'un colloque les 24 et 25 avril. Médiathèque Carré d'art, place de la Maison Carrée à Nîmes. Entrée libre.