Emmanuelle de Boysson évoque son enfance marocaine dans 'Tendre Maroc'
Emmanuelle de Boysson : souvenirs d'enfance au Maroc

Emmanuelle de Boysson plonge dans ses souvenirs marocains

Entre roman et récit autobiographique, l'écrivaine Emmanuelle de Boysson se souvient avec une douceur teintée de gaieté des sept années passées au Maroc durant sa jeunesse. Dans son nouvel ouvrage, elle explore la matière inépuisable que constitue la famille, oscillant entre autofiction et récit intime avec une grande liberté narrative.

Les racines littéraires d'une vocation

On découvre progressivement le cheminement d'Emmanuelle de Boysson vers l'écriture, nourri par ses premières lectures : Le Club des cinq, Mademoiselle Age tendre et le bouleversant Journal d'Anne Frank. Ces influences fondatrices ont façonné sa sensibilité d'auteure et son regard sur le monde.

Une enfance marocaine privilégiée

L'histoire familiale prend vie à travers le portrait de sa mère, Blanche, déjà esquissée dans Les Années solex. Cette jeune femme dynamique suit son mari envoyé diriger une usine de coton au Maroc dans les années 1960. La famille compte déjà trois enfants, un quatrième est en route, et un cinquième naîtra sur cette terre d'accueil.

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Emma, la narratrice, décrit un bonheur simple : un grand jardin embaumé par les orangers, même si le parfum qui domine toujours dans ses souvenirs reste celui de sa mère, un mélange de musc et de bergamote. Les perspectives de retour à Mulhouse et les vacances avec la fantasque cousine Camille complètent ce tableau idyllique.

Le quotidien d'une expatriée en devenir

L'école, les chansons de Dalida, France Gall et Adamo rythment les jours. Les longues - et parfois périlleuses - randonnées dans l'Atlas et la pêche à la grenouille constituent les aventures de cette enfance marocaine. Chaque détail contribue à recréer l'atmosphère unique de cette période.

La complexité des relations familiales

La fillette, en mal de tendresse, tente difficilement d'attirer les caresses d'une mère qui prend très à cœur son rôle de femme de notable. L'autrice dépeint avec une subtilité remarquable ce Maroc post-protectorat, où l'élite locale reste encore sous l'influence diffuse d'une communauté française investie d'un ascendant social fort.

La mère d'Emma, qui a horreur de ces femmes oisives qui passent leur temps à prendre le thé, s'occupe activement des familles en difficulté. Elle délaisse ses enfants non par manque d'amour, mais parce qu'elle juge sa petite tribu déjà privilégiée par cette vie insouciante et aisée, avec serviteurs, chauffeurs et bonnes.

Une mélancolie heureuse

Le récit est à la fois doux et grave. Emmanuelle de Boysson déploie cette mélancolie heureuse qui donne souvent le ton à la nostalgie de l'enfance. L'écrivaine semble scruter ses héros, réels ou fictifs - qu'on pense à Balzac amoureux, Le Temps des femmes ou Les Grandes Bourgeoises - pour cerner l'écosystème qui façonne la substance mouvante de leur personnalité.

Tendre Maroc d'Emmanuelle de Boysson, publié aux éditions Calmann Lévy, compte 200 pages et est disponible au prix de 18,50 € en version papier, et 13,99 € en format numérique.

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