Olivia Elkaim redonne vie à Cécile Perec dans un hommage littéraire poignant
L'écrivaine Olivia Elkaim publie La Disparition des choses aux éditions Stock, un ouvrage de 272 pages disponible au prix de 20,90 euros en version papier et 15 euros en format numérique. Ce livre constitue un hommage profond à Cécile Perec, née Cyrla Szulewicz, la mère de l'écrivain Georges Perec, dont l'absence a marqué à la fois sa vie et son œuvre.
Une mère au cœur de l'œuvre perecquienne
Cécile Perec, juive polonaise arrivée en France dans les années 1920, fut déportée à Auschwitz en 1943. Georges Perec, qui ne la connut que jusqu'à l'âge de 5 ans, évoque sa mère dans W ou le souvenir d'enfance en la décrivant comme « morte sans avoir compris ». En 1941, elle sauva son fils en l'envoyant dans un convoi de la Croix-Rouge loin de Paris occupé par les nazis, un geste qui le préserva de la Shoah.
Le titre La Disparition des choses fait référence à deux œuvres majeures de Perec, La Disparition et Les Choses, toutes deux traversées par la thématique du manque. Olivia Elkaim s'approprie ces références pour construire un récit qui explore l'absence fondatrice de Cécile Perec.
Un portrait reconstitué à partir de fragments
À travers 43 fragments, Elkaim dessine le portrait vivant de Cécile Perec, coiffeuse tenant un salon au 24 rue Vilin à Belleville. L'autrice reconstitue des détails intimes :
- Son visage et sa démarche
- Ses cheveux et ses manières
- Les mots d'amour chuchotés à André, père de Georges Perec, engagé dans la Légion étrangère et mort en juin 1940 pendant la bataille de France
Ce travail relève du tour de force littéraire, tant les traces historiques de Cécile Perec sont rares. « Je lui invente des manières, un phrasé, des sentiments dont je ne sais rien. Je comble de romanesque là où il n'y a que du vide », confesse Olivia Elkaim dans son texte.
Un dialogue hybride entre faits et fiction
L'ouvrage d'Elkaim se présente comme un texte hybride, mêlant habilement éléments biographiques et création romanesque. L'autrice engage même un dialogue fictif avec Georges Perec, qui lui conseille : « Plus vous allez la chercher, moins vous la trouverez. Votre acharnement ne sert à rien. Car il ne faut pas comprendre, il faut perdre connaissance. »
Cette approche ludique et tragique à la fois permet à Elkaim d'interroger les limites de la reconstruction mémorielle et les possibilités de la littérature face à l'absence. Le livre pose une question fondamentale : peut-on légitimement inventer ce qui a été effacé par l'Histoire ?
La Disparition des choses s'inscrit ainsi dans la lignée des œuvres qui tentent de combler les vides laissés par la Shoah, tout en honorant la mémoire d'une femme dont le sacrifice permit à l'un des plus grands écrivains français du XXe siècle de survivre et de créer.



