Critiques de la semaine : douze ouvrages notables
Sept romans, un recueil de poésie, un album jeunesse, un essai sur la photographie, un de philosophie et un de sociologie... Voici les brèves critiques de douze ouvrages remarquables en cette sixième semaine de l'année, offrant un panorama diversifié de la production éditoriale actuelle.
Jeunesse : "Le Petit Pianiste"
"Le Petit Pianiste", de Julie Annen et Morgane Raoux, raconte l'histoire de Pierre, un petit garçon dont le prénom est partagé par trois élèves, ce qui pousse la maîtresse à utiliser les noms de famille. Pierre Lidio devient alors "Pierre l'idiot" et subit des moqueries cruelles, le conduisant à se murer dans le silence. Un jour, il pousse la porte de l'appartement de Martha, une vieille dame qui joue du piano. La beauté de la musique est telle que Pierre en fait tomber la tarte tatin qu'il était venu lui apporter.
La musique possède des pouvoirs magiques : elle lave l'âme et sèche les larmes. Grâce à Martha et son chien Piotr Ilitch, Pierre retrouve le goût des choses et des autres. Imaginé par la clarinettiste et musicologue Morgane Raoux et la dramaturge Julie Annen, cet album est magnifiquement illustré par Thomas Baas. En prime, un CD et un QR code permettent d'écouter l'histoire racontée par le merveilleux Guillaume Gallienne, une opportunité à ne pas manquer.
"Le Petit Pianiste", de Julie Annen et Morgane Raoux, illustré par Thomas Baas, interprété par Guillaume Gallienne, Nathan, 40 pages et un CD, 23,90 €, numérique 18 €. Dès 5 ans.
Roman : "Explosives"
"Explosives", le premier roman de la journaliste Hélène Coutard, née en 1991, prend au sérieux la colère des féministes de sa génération. Il imagine un groupe de jeunes femmes glissant vers le terrorisme au nom de la lutte contre le patriarcat. Clara, une "fille moyenne" à qui il n'est "rien arrivé", arrive à Paris pour étudier à l'université. Sa rage face aux violences sexistes grandit à mesure qu'elle est attirée dans l'orbite de la magnétique et radicale Ari.
Infusé d'une énergie descendant en droite ligne du "King Kong théorie" de Virginie Despentes, le roman est souvent perspicace et drôle. Par exemple, à propos d'un garçon se présentant comme un "allié" pour mieux draguer, on lit : "Clara ne se méfia même pas quand il commença à citer Annie Ernaux". "Explosives" évite de virer au manuel idéologique et ne se laisse pas griser par la pureté de sa cause, offrant une épaisseur romanesque riche en ambiguïtés à ses personnages.
Ce thriller féministe explore les limites de l'activisme et les conséquences de la radicalisation, tout en maintenant un équilibre entre engagement et narration.