Daniel Cohn-Bendit dévoile ses réflexions dans un livre intime et politique
Daniel Cohn-Bendit publie régulièrement des ouvrages avec des journalistes, mais Souvenirs d’un apatride (Mialet-Barrault) revêt une saveur particulière. L’ex-leader de Mai 68 et ancien député européen, qui fêtera ses 80 ans le 4 avril prochain, se confie comme rarement à Marion Van Renterghem, grande reporter spécialiste de l’Europe. Il aborde avec force sa jeunesse entre plusieurs cultures, sa destinée liée à l’Histoire franco-allemande et sa relation ambivalente au pouvoir. En avant-première pour les lecteurs du Point, Cohn-Bendit livre sa part de vérité et partage son analyse sur l’actualité politique et le nouveau désordre mondial.
Les premiers pas de Friedrich Merz jugés sévèrement
Interrogé sur les débuts du nouveau chancelier allemand Friedrich Merz, Daniel Cohn-Bendit est sans concession. « Merz se débrouille mal », affirme-t-il, pointant du doigt la réforme constitutionnelle nécessaire pour contourner le frein à l’endettement. « Pourquoi n’a-t-il pas osé dire la vérité aux électeurs ? Sa fiabilité est ébranlée, comme le montrent les sondages », ajoute-t-il, critiquant le manque de transparence. Concernant le réarmement de l’Allemagne, il souligne que cela sera possible grâce au vote des Verts, essentiel pour obtenir la majorité des deux tiers.
La radicalisation des chrétiens-démocrates et l’avenir des écologistes
Cohn-Bendit estime que la page Merkel est définitivement tournée, avec Merz se positionnant en anti-Merkel. « On assiste à une radicalisation des chrétiens-démocrates dans le discours et le comportement politique », observe-t-il, notant une influence inquiétante de Trump. Malgré l’exclusion des écologistes de la coalition, il prédit leur retour en force. « Les écologistes vont revenir par leurs contre-propositions intelligentes. Dans trois ou quatre ans, ils seront en position de force », assure-t-il, jugeant la coalition actuelle irrationnelle.
Le trumpisme-muskinisme, un nouveau fascisme
Daniel Cohn-Bendit analyse le « trumpisme-muskinisme » comme un héritier du marxisme-léninisme, basé sur la force et l’impérialisme. « Cette idéologie dissout l’État de droit et le transforme en démocratie illibérale, donc autoritaire. C’est un nouveau type de fascisme », explique-t-il. Il compare cette approche à celle de l’URSS, où la force primait sur le droit, et met en garde contre son expansion via l’argent et le pouvoir.
L’Europe comme rempart contre les menaces
Pour Cohn-Bendit, la souveraineté européenne est cruciale face aux défis mondiaux. « Notre liberté est liée à l’Europe. Personne ne peut imaginer que la France, l’Allemagne ou la Pologne se défendent seules », insiste-t-il. Il appelle à renforcer les liens avec la Grande-Bretagne post-Brexit et à mettre l’imagination au pouvoir pour inventer de nouvelles politiques.
Wokisme et identité : des réflexions personnelles
Abordant le wokisme, Cohn-Bendit le voit initialement comme un éveil positif, mais dénonce son idéologisation. « Quand il devient une idéologie, il est contre-productif et totalitaire », dit-il, citant l’exemple de Julien Bayou chez les Verts français. Sur sa judéité, il évoque un débat intime, influencé par les événements du 7 octobre, et exprime à la fois l’isolement des juifs et l’horreur face à la réponse israélienne.
Hommage à Marek Edelman et regard sur Macron
Cohn-Bendit rend hommage à Marek Edelman, figure de la résistance, pour sa solidarité avec les exploités. Concernant Emmanuel Macron, il conserve une certaine tendresse, reconnaissant son intelligence mais critiquant sa personnalité. « Macron est empêché par Macron », résume-t-il, tout en admettant avoir été fasciné par son élection en 2017.
La menace russe et la folie de l’Élysée
Il alerte sur l’impérialisme russe visant à désintégrer l’Europe, appelant à une solidarité européenne face aux menaces. « Poutine s’attaque à la souveraineté européenne. Il faut appréhender le danger au-delà des intérêts nationaux », prévient-il. Enfin, il critique l’isolement des présidents à l’Élysée, notant que « l’Élysée rend fou » en coupant de la réalité, comme l’a montré la décision de dissolution.
Daniel Cohn-Bendit conclut sans message particulier pour ses petits-enfants, privilégiant leur autonomie et épanouissement, tout en partageant sa passion pour le football.



