Beigbeder revisite sa décennie dorée entre provocations et nostalgie
Beigbeder revisite sa décennie dorée

Années 1990, « décennie dorée » entre Londres, Paris, le Pays basque et ce qu’il reste d’Ibiza. Octave Parango, alter ego de l’auteur et « jeune homme dérangé » désormais bien rangé avec femme et enfants « en région », nous parle d’un temps que les moins de 50 ans ne peuvent pas connaître.

Un style entre Houellebecq et Modiano

À sauts et à gambade, de saillies désenchantées toutes houellebecquiennes en merveilleux éclats modianesques – « Déambuler dans le labyrinthe des ruelles parisiennes, c’est marcher sur un millefeuille. Tous les passants ressemblent à des poètes maudits ou à des personnages de roman » ; de satire impitoyable du monde télévisuel en méditation poétique sur la page blanche, de variations peu politiquement correctes sur l’amour (ce « château de cartes cérébral destiné à vendre des livres aux midinettes refusant d’assumer leur nymphomanie ») en manifeste frontal et désespéré contre l’intelligence artificielle appelant (« Résister aux intelligences artificielles va nous contraindre à nous accrocher à notre bêtise naturelle »), d’un incipit plein d’autodérision tapé avec les fesses (dans le texte : « FXXCDCFXCAfdrcxvgetfycvjqqbcrtu […] gjggn, gs, ngk, n ») à une clôture à Center Parc dans une virée familiale édifiante (« Il faut être extrêmement fatigué pour avoir autant besoin de déléguer l’organisation de ses loisirs »), ce recueil est un festin de fulgurances textuelles.

Provocations et ironie

Tout en ironie et provocations contrôlées, il nous rappelle que Beigbeder n’a pas encore renoncé, même si le cœur y est moins, que le monde est absurde, que le Père Noël est communiste (« Au fond, rien d’étonnant. Un homme qui offre des cadeaux à tous les enfants sans expliquer comment il finance l’opération et qui s’habille en rouge »), que le dealer d’hier est devenu prof de yoga et qu’il préférait avoir tort avec Bret Easton Ellis que raison avec Emmanuel Carrère.

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La littérature comme refuge

Reste la littérature, qui irrigue ce livre : elle aussi a beaucoup changé, comme Ibiza, mais elle reste, comme Ibiza, une île où l’on peut, pour celle-ci, encore se réfugier.

Ibiza a beaucoup changé, de Frédéric Beigbeder (Albin Michel, 224 p., 19,90 €).

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