Du Ballon Rouge à l'ICE : la chronique poignante de Delphine Gleize
Ballon Rouge vs ICE : chronique de Delphine Gleize

Une chronique qui lie cinéma et réalité sociale

Dans sa chronique « Suivez mon regard » pour le magazine « Week-End » de « Sud Ouest », Delphine Gleize, réalisatrice et scénariste bordelaise, tisse un parallèle poignant entre l'innocence cinématographique et les dures réalités contemporaines. Elle commence par évoquer un film emblématique du cinéma français qui continue de résonner dans les mémoires collectives.

Le Ballon Rouge : une ode à l'imagination enfantine

Sur le chemin de l'école – cet endroit d'où, à 5 ans, on ressort normalement libre de ses gestes –, le petit Pascal découvre un ballon rouge accroché à un lampadaire. Nous sommes sur la butte de Ménilmontant, à Paris, dans les années cinquante. En décrochant ce ballon, l'enfant s'apprête à emprunter le chemin d'une amitié hors norme avec l'objet le plus lumineux qui soit.

Cette relation devient rapidement encombrante, tout comme peut l'être l'imagination d'un artiste. Quand on refuse le ballon dans le bus, l'enfant choisit d'aller à l'école à pied, quitte à être en retard. Quand on interdit le ballon à l'école, celui-ci attend patiemment son jeune ami dehors. Ces deux êtres deviennent véritablement inséparables.

« Le Ballon rouge », film d'Albert Lamorisse tourné en 1956, d'une durée de trente-quatre minutes, est un chef-d'œuvre facétieux nourri de gags d'une poésie étincelante. Ce court-métrage français a marqué l'histoire du cinéma en devenant le premier à obtenir l'Oscar du scénario original à Hollywood.

L'Amérique s'est émue devant cet enfant de 5 ans qui sort de l'école accompagné de son ballon rouge. Parce que cet objet porte en lui tant de promesses et de liberté, les autres enfants finissent par l'assassiner d'une flèche, celle de la convoitise. La mort du ballon rouge reste une scène bouleversante pour tous ceux qui l'ont vue.

Dans un final fantastique, tous les ballons de Paris s'unissent alors pour venir soulever l'enfant désormais orphelin de son compagnon. Cette image a tellement marqué les esprits que les studios Pixar, grands admirateurs du film, l'ont reprise dans « Là-Haut » (de Pete Docter et Bob Peterson, en 2009).

Une image virale devenue icône

Pour ceux qui, comme Delphine Gleize, ont découvert ce film à l'école, un jour de pluie pendant la récréation, une image particulière reste gravée en mémoire. Cette image qu'on qualifierait aujourd'hui de virale montre un enfant de profil s'apprêtant à traverser une rue, son ballon rouge suivant parfaitement son pas.

Le contraste brutal avec la réalité américaine

Mais à cette image virale de liberté enfantine succède une autre, implacable celle-ci. Delphine Gleize évoque alors un enfant de 5 ans de profil au Texas. Un enfant qui porterait un bonnet bleu aux oreilles de lapin. Un enfant qui sortirait de l'école pour ne trouver que les gants de cuir noir de la police de l'immigration américaine.

Cet enfant servirait d'appât pour faire arrêter son père, permettant à l'ICE (Immigration and Customs Enforcement) d'aiguiser la flèche assassine, celle du mépris de l'humain. Ce petit garçon qui voudrait simplement traverser la rue, mais dont la poignée du sac à dos serait retenue par un agent. Pour ne pas qu'il s'envole, comme l'enfant du film ?

Liam Conejo Ramos, ne désespère pas, semble dire la chroniqueuse. Il y aura un jour encore des ballons. Depuis la publication de cette chronique, sur ordre d'un juge fédéral, l'enfant a été libéré après avoir été détenu plus d'une semaine avec son père. Ils ont retrouvé Minneapolis, mais les cicatrices de cette expérience demeurent.

Un parallèle qui interroge notre époque

Delphine Gleize crée ainsi un dialogue poignant entre deux époques et deux réalités. D'un côté, la France des années cinquante et son cinéma poétique. De l'autre, les États-Unis contemporains et leurs politiques migratoires controversées.

La chroniqueuse utilise le pouvoir évocateur du cinéma pour éclairer les enjeux sociaux actuels, montrant comment l'art peut nous aider à comprendre et à critiquer le monde qui nous entoure. Son texte rappelle que l'enfance devrait être protégée partout, et que la liberté de mouvement – qu'elle soit symbolisée par un ballon rouge ou par le simple droit de traverser une rue – est un droit fondamental.