Arundhati Roy dévoile l'enfance douloureuse avec sa mère Mary Roy dans son nouveau récit
Arundhati Roy révèle son enfance difficile avec sa mère Mary Roy

Arundhati Roy dévoile les blessures de l'enfance dans un récit poignant

Dans son nouvel ouvrage Mon refuge et mon orage, Arundhati Roy, la célèbre romancière indienne lauréate du Booker Prize pour Le Dieu des petits riens, livre un témoignage bouleversant sur sa relation tumultueuse avec sa mère, Mary Roy. L'autrice utilise l'expression déconcertante "Mrs Roy" pour désigner sa propre mère, une habitude remontant à sa scolarité dans les années 1960 à l'école Pallikoodam de Kottayam, au Kerala, fondée par Mary Roy elle-même.

Une enfance entre maltraitance et absence de frontières

"Il n'y avait pas de différence entre la maison et l'école", confie Arundhati Roy, décrivant une existence sans intimité où elle et son frère partageaient le dortoir avec les autres élèves. Pour prouver son impartialité, Mary Roy se montrait "plus dure avec nous qu'avec nos camarades", selon les mots de sa fille qui évoque des années de maltraitances verbales, d'humiliations et même l'exécution du chien qu'elle adorait.

Cette enfance à la marge s'explique également par le statut social de la famille : Mary Roy, issue d'une communauté chrétienne de rite syriaque, avait commis l'impensable en épousant un Bengali puis en divorçant. "Cela signifiait n'être ni complètement dans le système ni totalement en dehors", analyse l'autrice, soulignant la rareté d'une telle position dans une société indienne fortement hiérarchisée par le système des castes.

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Le paradoxe de l'éducatrice révolutionnaire

Malgré son incapacité à être une mère, Mary Roy se révélait une éducatrice hors pair. Son école Pallikoodam, toujours en activité aujourd'hui, imposait la mixité à une époque où cela était impensable et pratiquait une pédagogie non sectaire incluant même des danses hindoues dans une institution chrétienne.

"Ma mère a permis aux garçons d'être doux et aux filles d'être libres", reconnaît Arundhati Roy, soulignant l'héritage progressiste de cette éducation. Pourtant, à la mort de Mary Roy en 2022, l'écrivaine avoue : "Je l'ai pleurée en tant qu'écrivaine, car je perdais mon plus beau sujet, mais en tant que fille, pas vraiment. J'avais cessé d'être son enfant il y a longtemps."

Un mécanisme de survie devenu arme politique

Face aux attaques verbales de sa mère sévèrement asthmatique - qui risquait la mort lors de crises provoquées par la colère - Arundhati Roy a développé un détachement émotionnel salvateur. "Comme je ne pouvais rien dire, j'ai appris à me détacher de ma propre colère", explique-t-elle, ajoutant que cette capacité à rester calme sous les attaques lui sert aujourd'hui face aux critiques politiques dont elle fait l'objet.

L'engagement politique d'une "terroriste narrative"

Considérée comme la plus célèbre autrice de son pays, Arundhati Roy est régulièrement la cible de menaces pour ses prises de position, notamment contre l'occupation indienne du Cachemire. Elle a subi l'assaut de son domicile en 2010, des poursuites judiciaires et l'interdiction de son livre Azadi. Liberté, fascisme, fiction.

"On nous appelle des 'terroristes narratifs'", dénonce-t-elle, critiquant la réécriture de l'histoire et la prolifération de faux récits en Inde. Son franc-parler ne s'est pas tari, comme en témoigne son analyse des relations entre les États-Unis et l'Inde : "Viser Adani, c'est viser Narendra Modi, c'est comme si c'était la même personne", affirme-t-elle à propos du milliardaire indien Gautam Adani.

Les menaces contemporaines : nationalisme et intelligence artificielle

Arundhati Roy dénonce avec virulence le nationalisme hindou porté par Narendra Modi et le RSS, qu'elle compare à "Trump, en beaucoup plus dangereux". Mais sa plus grande inquiétude concerne l'intrusion de l'intelligence artificielle : "C'est une main basse sur les ressources", alerte-t-elle, évoquant les besoins énergétiques colossaux des centres de données et leur impact sur la culture et la psychologie collective.

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La littérature comme ultime refuge

Dans ce contexte de menaces multiples, Arundhati Roy trouve dans la littérature un dernier bastion de résistance : "Il reste le beau style, la belle écriture. Le fait de choisir telle note et que cela sonne bien. Je ne vois que ça... la musique !" Son titre original en anglais, Mother Mary Comes to Me, emprunté aux Beatles, glisse une référence chrétienne dans le paysage du nationalisme hindou, rappelant l'importance des harmonies culturelles.

À travers ce récit profondément personnel, Arundhati Roy explore non seulement les blessures familiales mais aussi les fractures politiques de l'Inde contemporaine, confirmant son statut d'observatrice acérée des tensions qui traversent son pays et le monde.