Armel Job maîtrise l'art du récit à tiroirs dans 'Le Testament du diable'
Le romancier belge Armel Job offre avec Le Testament du diable un récit jubilatoire, riche en rebondissements et en chutes inattendues. Il place ses personnages face au miroir trompeur des apparences, explorant avec brio les thèmes du secret et de la duplicité.
Un expert du chiasme narratif et de la mécanique du soupçon
Armel Job est un véritable expert du chiasme narratif, un terme qui désigne élégamment la technique de l'arroseur arrosé. Sa maîtrise de la mécanique du soupçon captive autant ses personnages que ses lecteurs, soumis à une série de revirements étourdissants. Le fil rouge de cette œuvre ? Les mensonges, les petites lâchetés et les arrangements avec la vérité, le tout sur fond de loyauté familiale mise à l'épreuve.
Chaque chapitre ouvre une hypothèse que le suivant balaie impitoyablement. Un détail en apparence insignifiant peut se révéler crucial trois chapitres plus tard, créant une tension narrative diabolique. Des œuvres précédentes comme Baigneuse nue sur un rocher au Meurtre du Docteur Vanloo, on ne se lasse pas de cette plume impeccable et lumineuse qui fait glisser le récit avec une évidence déconcertante.
Au cœur d'une fratrie déchirée par un testament mystérieux
L'histoire s'articule autour de François Lebel, défunt propriétaire de La Gazette des Ardennes, laissant derrière lui une certaine fortune et quatre enfants. Il entretenait une liaison affichée avec une jeune femme à peine plus âgée que sa propre descendance, elle-même mère d'un petit garçon. Le testament a-t-il jamais existé ? S'il existe, est-il authentique ou falsifié ? Et s'il n'existe pas, pourquoi la succession ignore-t-elle la « fiancée », pourtant assez aimée pour avoir reçu en gérance un petit restaurant acquis dans cette perspective ?
Nous plongeons ainsi au cœur de la fratrie, et plus particulièrement dans le duo formé par deux frères : l'un vaguement intègre, l'autre vaguement tartuffe, tous deux tiraillés par une conscience élastique. C'est un enchantement de lire Armel Job dépeindre la vie provinciale et ses procédures interminables, avec une candeur cruelle qui pointe les absurdités conduisant les meilleures personnes aux pires mesquineries.
Le Testament du diable, d'Armel Job, publié aux éditions Robert Laffont, compte 288 pages et est disponible au prix de 20 € en version papier, et 13,99 € en ebook.



