Simon Field, l'influenceur historique du vin, dévoile les enjeux des primeurs 2025 à Bordeaux
À travers les dégustations de Simon Field, journaliste anglais influent pour The World of Fine Wines, se racontent certains enjeux cruciaux des primeurs 2025. Cet influenceur à l'ancienne voit son jugement peser des tonnes auprès des consommateurs du monde entier. Parmi les 5 000 professionnels venus du monde entier qui fourmillent dans le vignoble bordelais lors de la semaine des primeurs, Simon Field figure parmi les VIP, selon une propriétaire, l'un de ceux qui feront la météo commerciale des grands crus girondins.
Un expert au palais d'exception
Ses notes, commentaires et dates de buvabilité du millésime 2025 seront scrutées par des milliers d'amateurs et collectionneurs dans les semaines à venir. Son escapade d'une quinzaine de jours dans le Bordelais accouchera d'environ 400 analyses de vins. Pas d'après-rasage ni de cigarette pour éviter de se griller goût et odorat, Simon Field n'a pas renoncé à son café du matin. Il faut bien se réveiller, sourit celui qui s'est levé aux aurores pour rejoindre Pomerol à 8 h 30 pour sa première dégustation.
Des journées marathon de dégustation
Une nouvelle journée à faire convulser tout amateur de grandes étiquettes l'attend sur la rive droite : le journaliste doit se rendre dans les châteaux Église-Clinet, Gazin, La Conseillante ou l'Évangile. Ce jeudi 23 avril, ce sera Saint-Émilion, avec Angelus ou Cheval Blanc notamment. J'aime prendre un peu de temps pour échanger avec les propriétaires, cela me permet de mettre le millésime en perspective, explique Simon Field.
Pour les distributeurs, importateurs ou représentants de la presse spécialisée, les primeurs bordelaises offrent l'opportunité de goûter en exclusivité, dès le printemps, au tout dernier millésime, dont la mise en bouteille attendra 2027 voire 2028. Une version brut, sans son long élevage en barrique, dont les experts doivent déjà imaginer s'ils disposent d'un bon potentiel de garde.
Un millésime surprenant et séduisant
Titulaire d'un Master of Wine, diplôme d'excellence rare dans le monde du vin, Simon Field fait partie de ces prophètes. Parfois, ses journées comptent des dégustations à la chaîne durant lesquelles il doit goûter jusqu'à une centaine de cuvées. Évidemment, à la fin de la journée on déguste différemment tout en essayant de rester objectifs, confie-t-il.
Ce mercredi 22 avril, à Pomerol, on lui a répété les particularités d'un millésime surprenant, résume Noémie Durantou, aux manettes du château Église-Clinet. Ce qui me frappe, ce sont les tanins marqués avec ce côté velours, confie le journaliste, évoquant un millésime très séduisant sans être trop lourd.
Influence mondiale et tendances du marché
The World of Fine Wines, le trimestriel anglais pour lequel il travaille, compte plus de 20 000 abonnés dans une trentaine de pays. Ce magazine est particulièrement lu aux États-Unis et au Royaume-Uni, marchés clés pour les vins de Bordeaux. Les chiffres et écrits de Simon Field doivent donc influencer des gens qui comptent et achètent.
La campagne des primeurs offre aux spécialistes une vitrine de ce que devient la haute viticulture girondine. La parkerisation, cette volonté de produire des vins robustes et boisés, n'y est plus en odeur de sainteté. Le fruit, plus au goût des consommateurs, est remis sur son piédestal. Une bonne chose [...] mais c'est un processus long, estime le journaliste.
Défis climatiques et préservation des cépages
À Pomerol, le défi climatique pousse certains domaines à réduire leur proportion de merlot pour cultiver davantage de cabernet. Je suis vieux, conservateur et anglais de surcroît, prévient Simon Field qui ne souhaite pas une trop forte dévalorisation du cépage roi bordelais. Cela pourrait compromettre la véritable expression du Pomerol et de ses domaines.
En attendant, il a plusieurs fois dit des vins dégustés qu'ils étaient magnifiques. Ses notes seront publiées le mois prochain, influençant ainsi le marché mondial des vins fins pour les années à venir.



