La Rochelle, capitale éphémère de la gastronomie japonaise
Les 14 et 15 avril, l'Espace Encan, ancien lieu emblématique de la criée rochelaise, s'est transformé en véritable temple des saveurs nippones. Cet événement ouvert au grand public a accueilli deux compétitions majeures : la 9e édition du championnat de France de sushi et le tout premier championnat de France de rāmen, cette soupe asiatique à base de nouilles qui conquiert les palais français.
Un rendez-vous d'excellence culinaire
La crème des chefs spécialisés en cuisine japonaise s'est rassemblée à La Rochelle pour ces deux journées intenses. « Ils sont là pour démontrer l'excellence du savoir-faire sushi, dans le respect des techniques japonaises et des standards professionnels », explique Alice Touchais, directrice générale de Sushi Robots basée à Aytré. Cette jeune entrepreneure pleine d'ambitions a racheté il y a trois ans les marques championnat de France et championnat d'Europe de sushi, et vient de créer la marque du championnat de France de rāmen.
Le choix de La Rochelle pour accueillir ces championnats n'est pas anodin. « Un championnat de France dont un des produits phares est le poisson, cela a du sens à La Rochelle », souligne Alice Touchais. Jusqu'à l'année dernière, le championnat de France de sushi se déroulait Porte de Versailles à Paris, mais l'événement a glissé vers la cité océane après une année d'organisation minutieuse.
Des produits locaux et un savoir-faire exigeant
L'approvisionnement en produits de qualité a été soigneusement pensé. Le mareyeur et distributeur Cap Focéan, basé à La Rochelle, a fourni les dorades, thons, saumons et maquereaux utilisés par les chefs pour les épreuves Edomae, sashimi et créative. Cette démarche s'inscrit dans une logique de circuit court et de valorisation des produits locaux.
Mais selon Emmanuel Lettelier, fondateur de Sushi Robots et Monsieur Loyal des championnats, le secret du sushi réside dans le riz. « Tout est dans le riz. Il faut le laver jusqu'à une douzaine de fois à l'eau froide. Surtout pas l'eau chaude qui, comme sur la peau, ouvrirait les pores et permettrait aux poussières de rentrer dans le grain », assure-t-il. Pour ce championnat, treize kilos de riz ont été spécialement cuits pour les quinze concurrents.
Un jury aux aguets
Les concurrents sont scrutés avec une attention extrême par les huit membres du jury, présidé par Yuko Perez, professeure de cuisine japonaise. Pierre-Maël Belaifa, champion de France de sushi 2025 et membre du jury, confie : « Nous sommes là pour tout juger, la technique, l'hygiène, l'organisation générale du poste de travail de chacun des concurrents. Ils doivent recréer leur microcosme ».
Emmanuel Lettelier ajoute : « Même les déchets doivent avoir de la gueule. Le sushi, c'est d'abord de la nourriture pour les yeux ». Depuis la préparation des poissons jusqu'à leurs découpes, chaque geste est évalué avec la plus grande rigueur.
La présence exceptionnelle d'un chef japonais
Parmi les membres du jury, Suda San, chef washoku au restaurant Okimisuki installé au Japon et ambassadeur culinaire international, a fait le déplacement spécialement pour l'événement rochelais. Spécialisé dans la découpe du fugu - ce poisson réputé mais très toxique de la cuisine japonaise - il a partagé son expertise.
« Découper du fugu, c'est très compliqué, c'est de la véritable chirurgie, il ne faut surtout pas percer l'intestin. Avant d'en servir dans son restaurant, il faut trois années d'études et dix ans de pratique avant d'obtenir le permis de découper », insiste Suda San. Ils ne sont qu'une petite poignée de chefs au Japon à maîtriser ce savoir-faire délicat.
À La Rochelle, le grand chef japonais a animé un atelier de découpe de dorade façon fugu, démontrant ainsi les techniques ancestrales de la cuisine japonaise.
Un ancrage durable à La Rochelle
Les deux championnats semblent déjà bien ancrés dans la cité rochelaise. Sylvain Fagot, directeur d'exploitation à La Rochelle Tourisme & Évènements, précise que l'édition 2027 est déjà programmée, toujours à l'Espace Encan, même si la première partie des locaux sera en travaux.
La manifestation s'est poursuivie le mercredi 15 avril avec le championnat de France de rāmen, tandis que la veille, certains candidats bénéficiaient déjà du soutien de supporters enthousiastes. L'événement, accessible au public avec des tarifs variant de 7,50 à 18 euros (gratuit pour les moins de 10 ans), a rencontré un vif succès, confirmant l'engouement des Français pour la gastronomie japonaise.



