La 40e édition du Printemps des comédiens, festival majeur des arts de la scène, s'ouvre ce vendredi au Domaine d'O à Montpellier avec la création "Les Gaulois", portée par un trio génial : Marion Aubert à l'écriture, et Olivier Martin-Salvan et Thomas Blanchard à la mise en scène et au jeu.
Un duo de comédiens hors normes
Au commencement était le nombre : deux. Thomas Blanchard et Olivier Martin-Salvan, deux comédiens dissemblables mais également formidables, se sont rencontrés en 2010 sur "Orgueil, poursuite et décapitation", une pièce de Marion Aubert mise en scène par Marion Guerrero, créée au théâtre des 13 Vents à Montpellier. Depuis, ils ne se sont pas perdus de vue et ont cultivé le désir de faire quelque chose ensemble, rien que tous les deux.
"Thomas et moi avons eu la chance de jouer des rôles importants à moins de 20 ans dans le théâtre public. Nous avons déjà parcouru un long chemin, accumulé beaucoup d'expériences et de savoirs auprès de nombreux artistes. Nous avions envie de trouver le bon moment pour nous retrouver et partager tout cela", raconte Olivier Martin-Salvan à la veille de la première montpelliéraine de leur spectacle très attendu à l'Amphi d'O.
Une écriture folle et contemporaine
Pour ce spectacle à deux, les comédiens ne voulaient pas d'une écriture de plateau ou d'improvisations, mais un texte contemporain. C'est naturellement qu'ils ont pensé à Marion Aubert, qu'ils considèrent comme l'une des plus grandes autrices vivantes. "Marion a cette facilité à écrire beaucoup. En près de deux ans et demi de commande d'écriture et d'échanges entre nous trois, elle a bien dû produire un millier de pages recto verso, pour un spectacle qui au final en compte cinquante", sourit Olivier Martin-Salvan.
Le sujet ? Le titre : "Les Gaulois". L'idée leur est venue du souvenir d'avoir été un jour en tournée désignés par des spectateurs comme des Gaulois. "Avec Marion, nous avons commencé par échanger au sujet des Gaulois proprement dits, mais la discussion s'est élargie à la situation du théâtre, la marche du monde, ce que c'est qu'être un homme aujourd'hui, un groupe, un pays, la France, la Gaule", explique Thomas Blanchard. Marion n'a pas seulement creusé le sujet, elle a aussi écrit pour deux acteurs qu'elle connaît, avec leurs rythmes, leur diction, leurs corps.
Un sujet fort et d'actualité
À l'heure où certains s'approprient le fantasme des Gaulois, il n'est pas anodin de se frotter à la gauloisité. "Se revendiquer Gaulois ou qualifier quelqu'un de gaulois n'est pas neutre aujourd'hui. On voit bien ces grands banquets organisés par certains. Ce texte permet d'évoquer le racisme, les discours nationalistes, identitaires et masculinistes qui ressurgissent", commente Olivier Martin-Salvan.
"Les Gaulois" entend questionner mais pas répondre. "Marion interroge l'époque, la France, le monde via son écriture d'autrice mais aussi de poétesse. Elle a une manière de décrire le monde qui n'est pas habituelle, une langue pas commune. J'espère que cela modifie un peu notre regard", note Thomas Blanchard.
L'humour comme outil
L'humour est au cœur du spectacle. "Je pense que le rire est un bon outil pour fendre l'armure du public. On a ce goût tous les trois du rire. Si on a bien bossé, le public arrivera à un certain endroit, et là, avec un petit laser dans le brouillard, on voit pointer des sujets sociétaux plus profonds, même vertigineux", confie Olivier Martin-Salvan. "Il y a des endroits où le public va vraiment rigoler et d'autres où il va se faire choper et chavirer."
"Les Gaulois" est à voir ces vendredi, samedi et dimanche à 22h à l'Amphi d'O, Montpellier. Tarifs : 10€ à 40€.



