Le dimanche 9 août 1959, les arènes de Roquefort ont été le théâtre d'une novillada exceptionnelle, marquée par la présentation en France du nouveau prodige des ruedos, Paco Camino. Ce jeune torero de Camas, âgé de seulement 16 ans, a littéralement éclipsé ses deux comparses, Luis Alfonso Garcés et Hugo Bustamante, qui sont passés totalement inaperçus face à son talent éclatant.
Une affiche prometteuse
La novillada des fêtes de Roquefort constituait l'attraction majeure de la saison taurine. Les organisateurs avaient vu les choses en grand en invitant Paco Camino, considéré comme le nouveau messie des ruedos. Les arènes affichaient complet, témoignant de l'engouement du public. Pour le bétail, le choix s'était porté sur la prestigieuse ganaderia de Juan Belmonte, un nom qui résonnait comme une garantie de qualité. Hélas, cette réputation ne s'est pas vérifiée dans le sable de l'arène. Les toros de Belmonte se sont révélés décevants, rappelant que l'on peut avoir été un grand lidiador sans être un ganadero de premier ordre.
La prestation de Paco Camino
Paco Camino, vêtu de vert et or, a su répondre aux attentes de l'aficion, malgré des conditions difficiles. Les publicités alléchantes laissaient présager un torero de style, léger, brillant et original, mais c'est un tout autre visage qu'il a montré. Face à ses adversaires, il a fait preuve de cœur, de maîtrise et d'une valeur solide. Dès les premières passes, il a impressionné par sa technique. Sur le quatrième toro, il a enchaîné une demi-douzaine de véroniques, puis, muleta en main, il s'est imposé par des doblones méritoires avant d'expédier l'animal avec une grande détermination.
Son dernier toro fut encore plus remarquable. L'animal, un Belmonte rusé, avait réussi à éviter les picadors et arrivait entier au dernier tercio. Dur sur ses pattes, il coupait le terrain et se retournait avec la vivacité d'un chat en colère. Paco Camino l'a alors entrepris avec brio, le doublant magistralement par le bas et le châtiant durement. Puis, fort de sa domination, il lui a servi des derechazos et des naturelles, splendides et risqués, entrecoupés de passes hautes d'une grande élégance. Le tout exécuté sans perdre le contrôle de son opposant, dans un espace réduit, et conclu par une estocade dans le haut, suivie d'un double descabello. Le public, conquis, lui a accordé une oreille et une promenade autour du rond, récompense méritée pour le meilleur travail de l'après-midi.
Cet événement est resté dans les mémoires comme le triomphe d'un jeune prodige qui allait marquer l'histoire de la tauromachie. Plongez au cœur de nos archives pour revivre les moments qui ont façonné la mémoire collective de la région depuis 80 ans.



