Mer étincelante, éclats d'écume, silhouettes fugitives, instants de pur bonheur : à Toulouse, l'exposition consacrée à Joaquín Sorolla (1863-1923) célèbre son traitement virtuose de la lumière. Le peintre module les contrastes et travaille des blancs d'une grande complexité – jamais tout à fait purs – qui se diffractent en nuances de jaune, de rose, de bleu ou de mauve. Vive et précise, chaque touche saisit l'éblouissement du soleil sur la mer et la vie balnéaire, fruit d'une observation aiguë et d'une maîtrise chromatique souveraine.
Un maître des scènes balnéaires
S'il excelle aussi dans le portrait, les jardins ou les scènes sociales, ce sont les plages qui portent sa popularité et sa renommée internationale, jusqu'aux États-Unis. À New York, en 1909, une exposition de 365 de ses tableaux à l'Hispanic Society of America attire 160 000 visiteurs en un mois : un véritable triomphe. En France pourtant, où son travail est salué au tournant du XXe siècle, sa postérité demeure plus discrète. Paradoxe : c'est ici que sa carrière change d'échelle, avec le Grand Prix obtenu à l'Exposition universelle de 1900, qui lui ouvre les marchés français puis américain.
L'enfance et la mer
À l'origine, une enfance valencienne baignée par la Méditerranée. Orphelin à 2 ans – ses parents, modestes commerçants, sont emportés par le choléra –, il grandit chez un oncle et une tante, qui encouragent très tôt son goût pour le dessin. Formé à Valence, il apprend à peindre en plein air, au plus près de son sujet : capter sur le vif ce qui se voit et se vit. Une exigence fondatrice, particulièrement prégnante dans ses scènes de bord de mer.
La plage devient un atelier à ciel ouvert. Sorolla y travaille sur le motif : pêcheurs à l'ouvrage, barques hors champ dont seules les ombres s'étirent sur le sable… Le rivage est aussi celui des loisirs d'une bourgeoisie en plein essor : bambins qui batifolent, silhouettes élégantes en promenade. Ses modèles appartiennent souvent à son cercle intime – sa femme Clotilde et leurs trois enfants. L'une de ses filles apparaît dans Contre-jour. María à Biarritz (1906), l'une des pépites de l'exposition.
Biarritz et la lumière atlantique
Ce corpus se déploie principalement entre Valence, Jávea et San Sebastián. Biarritz occupe une place à part. En 1906, après le succès considérable de sa première grande exposition personnelle à Paris – 450 œuvres présentées à la galerie Georges Petit –, Sorolla y séjourne plusieurs semaines avec sa famille. La lumière atlantique, plus mouvante que celle de la Méditerranée, nourrit une série de toiles mais aussi de petits formats à l'huile, les notas de color : études libres, spontanées et expérimentales, véritables joyaux, que Sorolla réalise en extérieur et présentes ici en nombre.
Ce séjour s'inscrit dans une pratique familière : observer, peindre, mais aussi fréquenter les milieux cosmopolites de la haute société en villégiature, nouer des relations et susciter de nouvelles commandes, comme le souligne Enrique Varela Agüí, directeur du Musée Sorolla. Cette section révèle aussi des compositions audacieuses, nourries par sa familiarité précoce avec la photographie. « Sorolla a travaillé, entre ses 17 et ses 20 ans, dans l'atelier du photographe Antonio García Peris. Cette influence se perçoit dans certains cadrages resserrés et ces découpes très modernes, explique Ana Debenedetti, directrice de la Collection Bemberg, sans qu'il s'agisse pour autant de peindre d'après cliché. »
Portraits et scènes sociales
Le parcours se poursuit avec les portraits – qu'il affectionne peu mais qui lui assurent une aisance financière –, et les scènes sociales, dont certaines font écho au grand cycle Vision d'Espagne, réalisé pour l'Hispanic Society of America entre 1911 et 1919.
Derniers jardins
L'exposition s'achève sur les jardins, motif privilégié à partir de 1911, lorsqu'il s'installe dans sa maison-atelier madrilène. Refuge pendant l'élaboration de ce vaste ensemble, ils prennent valeur de testament : c'est en y peignant qu'il est victime, en 1920, d'un accident cérébral. Il s'éteint trois ans plus tard.
Au total, près de 60 œuvres issues du Musée Sorolla de Madrid – actuellement fermé pour travaux, il conserve quelque 1 500 peintures et 5 000 dessins. Particularité : des œuvres que le peintre n'a jamais souhaité céder, formant un ensemble intime et profondément personnel. Un lien émouvant se dessine avec la Collection Bemberg : son fondateur, Georges Bemberg, admirait Sorolla et tenta toute sa vie d'acquérir l'un de ses tableaux, sans jamais y parvenir.
Exposition « Sorolla - Maître de la lumière ». Jusqu'au 30 septembre, Collection Bemberg, Hôtel d'Assézat, place d'Assézat, Toulouse. De mai à juillet : ouvert tous les jours de 10 à 18 h. Tarifs : de 11 à 15 euros. Site : www.fondation-bemberg.fr



