Jusqu'au 11 octobre, le centre d'art contemporain montpelliérain MO.CO Panacée accueille une exposition collective percutante. Trente et un artistes internationaux y explorent les contours du "monstre social" à travers environ quatre-vingts œuvres viscérales, allant de la peinture à la vidéo en passant par la sculpture et le dessin.
Repenser le monstre au-delà des apparences
Après avoir mis en avant les artistes passés par l'École des beaux-arts de Montpellier, le MO.CO Panacée fait place à À fleur de peau, une exposition qui rassemble 31 artistes de 15 nationalités. Si son titre évoque d'abord la sensibilité et la vulnérabilité, cette exposition réunissant environ 80 œuvres explore en réalité la notion de monstruosité. Elle fait référence au film Under the Skin de Jonathan Glazer (2013), dans lequel Scarlett Johansson, sous la forme d'une entité extraterrestre, attire des hommes vers un espace obscur.
"L'intention première était de mener une réflexion autour de la monstruosité plutôt que sur la figure du 'monstre' en tant que tel", précise Anya Harrison, curatrice au MO.CO. "Ce choix conscient nous permet d'ouvrir davantage de portes d'entrée sur le sujet, en jouant sur l'abstraction et la défiguration pour éviter de figer le monstre dans une forme trop définie ou immédiatement reconnaissable."
Alors que le monstre est communément défini par ce que la société exclut – l'anomalie, la marge, la déviance –, l'exposition s'attache à la figure du "monstre social". Pas de vilaines têtes ici – quoique –, de formes affreuses ou de gore, même si le monstre s'incarne de manière organique et viscérale. "Il a besoin d'un corps pour exister et d'une peau pour le contenir, tout en menaçant constamment d'en déborder", résume Anya Harrison.
Des corps en transformation dans une scénographie immersive
L'exposition est plongée dans une semi-pénombre rythmée par des variations de lumière. Le parcours s'ouvre sur des textiles en velours qui conservent l'empreinte du toucher. Évoquant tour à tour la plaie ouverte, la muqueuse et la chair à vif, ce fil rose traverse et relie les différentes salles. La diversité des formes, matériaux et esthétiques est de mise.
Cela s'ouvre par les tableaux surréalistes sombres de Sybille Ruppert mêlant Sade, Lautréamont et Bataille. Dans la même salle, les dessins de visages aux bouches grandes ouvertes, hurlantes et morbides (il y a Göring) de Stéphane Mandelbaum côtoient les sculptures de Lily Reynaud-Dewar, assemblage monstrueux de corps fragmentés.
Autre ambiance, une salle plus loin, avec les photomontages d'Albrecht Becker, qui réalise des expérimentations sur lui-même, jusqu'à s'injecter de la paraffine liquide dans le scrotum. Le corps en transformation est aussi au cœur du travail de Jenkin Van Zyl, dont la vidéo d'une drag étrange est présentée dans une sorte de sauna.
Une dernière salle riche en œuvres stimulantes
Comme souvent, la dernière salle fourmille d'œuvres stimulantes. On y trouve un mur de photos documentant la figure du monstre, forain ou non. Un peu plus loin, un tableau de Tirdad Hashemi rempli de corps désarticulés regarde une figure humaine entièrement écorchée gisant sur le sol, tandis qu'un autre personnage squelettique défèque dans le couloir. Signalons que la majorité des œuvres sont figuratives et permettent aisément de tirer le fil de la thématique.
Loin du cabinet de curiosités ou du pur effet de choc, À fleur de peau tient sa force dans ce qu'elle refuse : figer le monstre.
Informations pratiques
L'exposition est visible jusqu'au dimanche 11 octobre, du mercredi au dimanche de 11 h à 18 h, au MO.CO. Panacée, 14 rue de l'École de Pharmacie, Montpellier. L'entrée est libre.



