Une exposition constituée à partir d’objets personnels et d’archives de la photographe, cinéaste et plasticienne Agnès Varda est présentée à Montfort-en-Chalosse jusqu’à la fin du mois d’octobre 2026. L’image de l’artiste revient, plus ou moins floue, comme le concède la directrice du musée de la Chalosse, Adeline Mouly.
Un hommage dans les Landes
Adeline Mouly est entrée en contact avec la fille d’Agnès Varda pour que sa mémoire soit honorée dans les Landes cette année 2026. « Agnès Varda demeure finalement plus connue du grand public pour son physique que pour son œuvre », déplore-t-elle. Convaincue que celle-ci entre en résonance avec les propos de ce musée de société valorisant les histoires locales, les savoir-faire et les paysages humains, la jeune femme s’est fait fort de mettre en lumière le travail de l’artiste disparue le 29 mars 2019, à l’âge de 90 ans.
L’exposition « Agnès Varda, un regard libre » apparaît ainsi comme une opportune porte d’entrée sur le legs poétique et politique de la « seule femme, à ce jour, honorée d’un César, d’une Palme d’or et d’un Oscar ». Elle résulte de deux ans de travail et traduit le panache dont a fait preuve Adeline Mouly pour parvenir à accrocher en 2026 des pastilles de Varda aux murs du musée de Montfort-en-Chalosse, alors même qu’une exposition dédiée à ses photographies est à voir à la Villa Médicis de Rome.
De Viva Varda à Rosalia
« J’ai vite compris que nous n’étions pas une structure capable d’accueillir l’exposition itinérante de “Viva Varda”, présentée à la Cinémathèque de Paris en 2023 », explique la directrice. Pugnace, elle a néanmoins réussi à convaincre Ciné-Tamaris, la société de production fondée par Agnès Varda, et obtenir le soutien de sa fille pour que son projet aboutisse. « Grâce aux contacts directs que j’ai pu avoir avec Rosalia Varda, nous présentons une exposition sur-mesure », savoure Adeline Mouly. Les archives et autres objets personnels d’Agnès Varda prêtés ont ainsi trait avec trois des œuvres majeures de celle qui, sa vie durant, a glané tout ce qui a trait au vivant.
Ce regard majuscule tourné sur des vies minuscules s’illustre tout particulièrement dans « Les Glaneurs et la glaneuse », son film documentaire sorti en l’an 2000. En montrant ces individus qui pratiquent un geste ancestral, connu des campagnes d’ici, la réalisatrice dénonce la misère des uns pour mieux critiquer l’abondance dont bénéficient les autres.
« Jeanne d’Arc punk »
À Montfort-en-Chalosse, les photos du tournage et extraits filmés diffusés se mêlent à d’émouvantes lettres d’admirateurs et de cadeaux, tel ce puzzle reprenant « Des Glaneuses » peintes par Jean-François Millet. Les pièces font écho aux cartes postales anciennes et objets de la paysannerie chalossaise issus des collections du musée.
Qualifiée de « Jeanne d’Arc punk » dans l’ouvrage que lui a consacré Laure Adler, Agnès Varda est également de ces personnes capables de s’émerveiller de peu, comme le montre la partie de l’exposition dédiée à « Patatutopia ». L’installation, présentée à la Biennale de Venise en 2003, l’avait révélée comme plasticienne, avec ses « patates cœurs » que les équipes du Musée de Chalosse n’ont pas manqué de reproduire à partir de leur propre culture.
La photographe Varda – entrée dans le métier à la fin des années 1940, avec Jean Vilar, au Festival d’Avignon et au Théâtre national populaire – est finalement à découvrir dans la partie de l’exposition associée à « Visages, villages ». Cette bourlingue dans quelques-unes des provinces de France a été menée entre l’octogénaire « en train de perdre la vue » et le portraitiste trentenaire JR. En résulte un tendre film, un hymne aux humbles et aux confins. La mélodie même du musée de la Chalosse.
Programmation
L’exposition « Agnès Varda, un regard libre » est présentée au musée de la Chalosse jusqu’au 31 octobre 2026. Le site, à Montfort-en-Chalosse, est ouvert du mardi au dimanche, entre 10 et 18 heures. Entrée à 4 euros pour l’exposition et à 8 euros pour l’accès au musée.
Une programmation associée a été pensée, avec le cinéma Entracte de Mugron, pour mettre en avant le travail d’Agnès Varda. « Les Glaneurs et la glaneuse », ainsi qu’une présentation des ateliers d’art-thérapie de Julie Tauzia, sont annoncées pour le lundi 22 juin, à 20 h 30. Rendez-vous en juillet pour « Patate » et des ateliers créatifs, tandis que « Les Plages d’Agnès » et une leçon de cinéma par Hervé Tourneur concluront ce cycle lundi 12 octobre, à 20 heures.
Les extérieurs du musée de la Chalosse présentent dix portraits de la photographe Sabrina-Ambre Biller, réalisés pour « Ce qui nous lie, à la manière de… », un projet d’éducation artistique et culturel mené avec une classe de première du lycée agricole de Mugron. Des ateliers d’art-thérapie, animés par Julie Tauzia, vont être organisés auprès de seniors du Pays tarusate, de Terres de Chalosse et du Village landais Alzheimer de Dax.



