La dessinatrice marocaine Zainab Fasiki fait de la bande dessinée une arme féministe. Présente au Festival international du roman noir (FIRN) à Frontignan les 29 et 30 mai 2026, elle utilise son crayon pour faire voler en éclats les tabous de son pays.
Une enfance sous le poids de la "Hshouma"
La "Hshouma" – la honte en dialecte marocain –, Zainab Fasiki l’a vécue dès son plus jeune âge. Issue d’une famille conservatrice, elle a grandi sous le contrôle permanent de ses parents et de ses cinq frères. Ce concept, qui englobe tous les sujets tabous que l’on ne doit pas aborder en société ou en famille, lui a valu le Prix Couilles au cul du festival BD d’Angoulême en 2022, récompensant son courage artistique.
Des réseaux sociaux à la bande dessinée
Confrontée à cette réalité quotidienne, Zainab Fasiki décide d’en dénoncer les conséquences pour les femmes en partageant ses dessins sur les réseaux sociaux. "Les réseaux sociaux m’ont offert au départ une tribune. Mais, très vite, cet espace de parole s’est transformé en cible. Des propos violents ont été proférés à mon encontre. J’ai été insultée, harcelée et exposée à des menaces de mort comme toutes les féministes de mon pays", relate la jeune dessinatrice. Face à ce déferlement de violence, elle quitte Casablanca pour le sud de l’Espagne, mais ne renonce pas pour autant. Le combat continue, au fil des pages.
Une liberté d’expression par le dessin
C’est par la bande dessinée que l’autrice choisit de faire face. Avec "Iraniennes" (2024), "Madame Haram" (2025) et "Féministes musulmanes" (2026), elle ausculte inlassablement les mêmes plaies : les violences faites aux femmes, la sexualité, le corps, la religion et les lois. "Au Maroc, c’est l’amour qui est pénalisé, pas le viol. Près de 20 000 mineures sont mariées de force chaque année, et ces unions sont validées par un juge. C’est une honte totale", s’indigne-t-elle.
"Madame Haram" : un pavé dans la mare
Avec "Madame Haram", en s’attaquant frontalement à l’intrusion du pouvoir dans les mariages et à la pédophilie, Zainab Fasiki a une nouvelle fois déclenché la colère dans son pays. "La pédophilie se passe partout, mais c’est un sujet qui reste tabou au Maroc. La société se préoccupe davantage de l’image de son pays – et d’une réputation chèrement acquise – que des violences subies par les femmes. Ce n’est pas normal", souligne-t-elle. Alors, si pour faire évoluer les mentalités il faut passer par la provocation et la mise en lumière de ce que la société préférerait taire, elle s’y emploiera. "C’est le seul moyen d’arriver à un changement social dans mon pays", dit-elle simplement.



