Le Prix des Mémoires de la Mer suspendu par le CIM
L'édition 2026 du Prix des Mémoires de la Mer n'aura pas lieu, du moins sous l'égide de la Corderie royale. Le Centre international de la mer (CIM) a décidé de suspendre l'attribution de ce prix lancé en 2006, une décision qui suscite de vives réactions. Benedict Donnelly, cofondateur du CIM et du prix, exprime son amertume : « On avait lancé le processus courant janvier et là, tout d'un coup, mi-mars, on abandonne au milieu du gué. » Il dénonce une décision « imprévue et impromptue », prise de manière opaque.
Un modèle jugé obsolète par la direction
Emmanuel de Fontainieu, directeur du CIM depuis 1993, assume ce choix rationnel et structurel, acté par le conseil d'administration. « On ne reproduira pas les Mémoires de la Mer dans l'avenir, c'est un choix », tranche-t-il. Il explique que le modèle du prix littéraire classique s'essoufflait, rattrapé par l'évolution des pratiques. « Ce n'est pas simplement une question de budget, même si la conjoncture est difficile pour la culture », précise-t-il. Il pointe surtout une évolution du comportement du public : « On a exactement le même chiffre d'affaires en librairie cette année que l'année dernière, alors que la fréquentation du CIM s'est accrue. Les gens lisent moins et donc achètent moins de livres. »
Un projet culturel en mutation
Le CIM souhaite tourner la page pour épouser le nouveau projet culturel de son président Olivier Poivre d'Arvor. « L'axe thématique, c'est la rencontre entre la terre et la mer, la question des estuaires, des fleuves, du territoire, de la nature, de la biodiversité », détaille Emmanuel de Fontainieu. En octobre 2026, le CIM organisera les Rencontres de Rochefort sur le thème du vivant, une première. Exit donc la haute mer et les remises de prix littéraires, le CIM mise sur de l'événementiel ciblé ou des expositions d'artistes.
La colère du cofondateur
Benedict Donnelly ne compte pas laisser son initiative s'éteindre sans réagir. Il cherche un repreneur et s'interroge sur la suite à donner, alors qu'il espérait organiser un événement pour les 20 ans du prix. Il craint qu'une pause ne sonne le glas de la récompense : « si on fait une année blanche, on s'arrête définitivement. » Il explore activement des pistes pour sauver le prix, quitte à le délocaliser de la Charente-Maritime vers d'autres horizons, évoquant des contacts avec Renaud Barillet à la tête de la Bellevilloise à Paris.
Un avenir incertain
Le Prix des Mémoires de la Mer cherche un nouveau port d'attache. La décision du CIM de suspendre le prix a provoqué une onde de choc parmi les membres du jury et les partenaires. Benedict Donnelly dénonce un manque d'élégance : « C'est très désagréable. Je trouve ça affligeant, d'abord pour les membres du jury. Ce sont des gens qui assument ça bénévolement depuis des années, ils ne méritent pas d'être traités comme ça. » Reste à savoir si le prix trouvera un nouveau souffle ailleurs.



