Une odeur de terre et de mémoire
Dans son atelier parisien, Maiada El Khalifa manipule des flacons de verre soufflé, chacun contenant une part de son Soudan natal. À 42 ans, cette créatrice de parfum a fait de son exil une source d'inspiration. Ses fragrances, mêlant encens, myrrhe et fleurs d'oranger, racontent une histoire que la guerre a interrompue.
Née à Khartoum, Maiada a grandi dans une famille où les parfums étaient une affaire de femmes. Sa grand-mère distillait des pétales de roses dans un alambic en cuivre, un geste qu'elle reproduit aujourd'hui avec des matières premières importées du Soudan. « Chaque flacon est un voyage », confie-t-elle. « Je veux que les gens sentent la beauté de mon pays, pas ses blessures. »
Un artisanat d'exception
Sa marque, éponyme, propose des parfums solides et liquides, tous fabriqués à la main. Les ingrédients proviennent de coopératives féminines dans le Darfour, une région déchirée par les conflits. « Ces femmes récoltent la gomme arabique, une résine précieuse. Leur travail est un acte de résistance », explique-t-elle.
Le processus de création est long. Maiada sélectionne chaque note avec minutie : le oud, un bois rare, le santal, et une touche de safran. Le résultat est une gamme de cinq parfums, dont « Nubia », un hommage aux anciennes civilisations soudanaises.
L'exil comme moteur
Depuis son départ du Soudan en 2015, Maiada a reconstruit sa vie en France. Mais son pays ne la quitte jamais. « Je rêve souvent de Khartoum, de ses marchés aux épices, du Nil. Mes parfums sont mes lettres d'amour. »
Son travail a été salué par des critiques olfactifs et des clients du monde entier. Elle espère un jour ouvrir une école de parfumerie à Khartoum, pour transmettre ce savoir-faire. « Le parfum est un langage universel. Il peut guérir. »
En attendant, chaque flacon vendu finance des projets éducatifs pour les femmes soudanaises. Une façon de rester connectée à ses racines, malgré la distance.



