Élise Lépine a remporté le prix littéraire de la ville d’Arcachon, décerné lors de la Plage aux écrivains ce samedi 2 mai, avec son premier roman « Les Courants d’arrachement ». À 8 h 53 ce samedi 2 mai, un éclair immense a déchiré en deux les nuages gris et noir au-dessus d’Arcachon. Ce spectacle électrique sur le ciel d’ardoise était magnifique. Vu de Paris, Arcachon en mai évoque le sable, la mer bleue et le soleil. Les auteurs invités à la Plage aux écrivains étaient forcément déçus par le temps, mais pas Élise Lépine : « J’adore les orages », a-t-elle déclaré sous le chapiteau.
Un premier roman chez Grasset
La journaliste littéraire était présente pour son premier roman, « Les Courants d’arrachement », publié chez Grasset, la maison dont Vincent Bolloré a évincé le directeur historique Olivier Nora. « J’ai signé mon contrat en octobre 2024. La maison appartenait à Hachette, et donc déjà à Bolloré, mais Olivier Nora était un rempart », a-t-elle expliqué. Elle a signé sans hésiter la pétition des auteurs annonçant leur départ de Grasset pour dénoncer le limogeage du directeur : « Je ne veux pas rapprocher mon nom de Bolloré sans Nora en rempart. »
La passion de la lecture
Avant d’écrire, Élise Lépine est d’abord une lectrice : « Dès que j’ai compris à quoi servait la lecture, s’isoler du monde et s’embarquer dans une histoire, c’est devenu un virus. La fiction est fondamentale. Nous avons besoin de partir dans des histoires. Les livres servent à vivre d’autres vies, et à rendre notre vie plus riche, plus vaste, plus supportable. Cette activité solitaire démultiplie les rencontres, intensifie tout. » Elle fait souvent un rêve étrange qu’elle rapproche de la lecture : « Je découvre chez moi une nouvelle pièce que je ne connais pas. La fiction rajoute des mètres carrés, non ? »
L’histoire du roman
« Les Courants d’arrachement » raconte l’histoire de Reine, une jeune femme au bord de sa vie après avoir appris la disparition mystérieuse de Jean, son amour. Au début, Reine emmène sa fille sur un rocher dans une crique du Maroc, là où, quand la mer monte, les courants d’arrachement se déchaînent. « Dès que j’ai compris à quoi servait la lecture, s’isoler du monde et s’embarquer dans une histoire, c’est devenu un virus », a-t-elle répété. Ainsi naît un livre : « C’est cliché mais cette image est née d’un rêve. » Encore un rêve ? « Oui ! Ma grand-mère a vécu cette scène au Maroc, se retrouver encerclée par l’eau sur un rocher. Et elle nous l’avait beaucoup raconté, avec des versions à chaque fois différentes ! Et alors que j’avais eu un enfant, j’ai fait ce rêve. J’ai voulu raconter ça. Pourquoi cette femme est là ? Que va-t-il se passer ? À partir de là, j’ai déroulé mon histoire… »
Un roman teinté de noir
Certains s’étonneront qu’elle n’ait pas écrit un roman noir, un genre qu’elle chronique toute l’année. « Ho, mais je serai incapable d’écrire un polar ! La mécanique de l’enquête, je serai très nulle ! Cela dit, il y a des éléments de noir dans ce livre, des thématiques sombres, la guerre, l’inceste. » Le monde et la littérature ressemblent au tonnerre qui a réveillé la station balnéaire ce matin. Et c’est ce qu’a dit Élise Lépine en recevant le prix littéraire des mains d’Yves Foulon, le maire LR d’Arcachon : « L’orage ressemble à la vie qu’on traverse. C’est plein de chaos, de surprise, d’amour, de chagrin. Parfois, ça se voit sur le paysage, dans le ciel. Continuons de lire et de résister ! »



