Kepa Etchandy rend hommage aux émigrés basques dans son roman
Kepa Etchandy : un roman sur l'exil basque

Dans les années 2000, le photographe Kepa Etchandy est parti en Amérique du Sud, sur les traces des immigrés basques du XIXe siècle, dont faisait partie le frère de son grand-père, Jean Etchandy. De ce périple est né un roman en forme d'hommage à ces milliers d'exilés.

Le départ de Joannes

Lorsque Joannes, natif de Soule, embarque pour l'Uruguay à bord d'un bateau à vapeur en septembre 1895, on ne lui demande pas son avis. Peut-être parce qu'il n'a que 16 ans. Comme le lui fait remarquer sa mère, « les parents se doivent d'aider leurs enfants à démarrer dans la vie ». Mieux vaut tenter sa chance dans le Nouveau Monde que vivre dans la misère. Avant de quitter sa vallée natale, on lui précise que le coût du billet pour l'Amérique correspond à « sa part de l'héritage », mais aussi que sa chambre l'attendrait s'il revenait un jour. Ainsi, Joannes, qui ne s'est jamais éloigné des siens et ne parle que le basque, prend le large avec un costume, deux bérets neufs et quatre paires d'espadrilles sous le bras.

Un travail de recherche de dix ans

« L'exode des Basques au XIXe siècle fut douloureux pour tout le monde », relève Kepa Etchandy. Le photographe bayonnais a mené des recherches sur le sujet durant plus de dix ans, explorant les raisons qui ont poussé des milliers de personnes à traverser l'océan à partir du XVIIIe siècle, leur capacité d'adaptation, le poids de l'Église et les caractéristiques de la société basque de l'époque. Celui qui a longtemps documenté le Pays basque pour la presse, notamment pour Pyrénées Magazine et Pays basque Magazine, signe un roman, « Aller de par le monde, le béret sur la tête », dans lequel il évoque ces questions à travers l'itinéraire de plusieurs candidats à l'exil. Des récits de vie inventés, certes, mais « chacun des personnages a vraiment existé, raconte Kepa Etchandy. Ce livre est le fruit de toutes mes rencontres au cours de mes différents voyages en Amérique du Sud. »

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Sur les traces de son grand-oncle

À partir de 2001, cet habitant du quartier de Marracq s'y rend à cinq ou six reprises, pour des reportages vendus à la presse spécialisée, mais aussi pour combler un vide. Très jeune, il apprend que son grand-père paternel avait un frère, Jean Etchandy, parti pour Montevideo en 1896. « De lui, je ne savais rien de plus, sauf qu'il avait 16 ans au moment du départ », explique le photographe. Lorsqu'il interroge les membres de sa famille à son sujet, ceux-ci évitent la discussion, comme si, un siècle après, l'évocation de cet ancêtre risquait de réveiller des souvenirs douloureux. « Ce sujet de l'immigration basque était une histoire cachée. Les parents étaient un peu honteux de devoir justifier l'absence de leurs enfants. »

Les causes de l'exil

Certains n'ont pas seulement fui la misère et la famine dont souffrait le Pays basque intérieur après les guerres napoléoniennes puis les guerres carlistes. L'instabilité politique et le manque de patriotisme faisaient redouter le service militaire (4 ans à cette époque) aux conscrits. Dans son roman, Kepa Etchandy évoque également la pression des curés de campagne qui critiquaient « ceux qui par cupidité étaient partis outre-mer et avaient perdu la foi ». « On parle d'un phénomène massif, insiste-t-il. On dit qu'en Iparralde, deux tiers de la tranche d'âge 15-35 ans sont partis pour l'Amérique au cours du XIXe siècle. »

La découverte d'une lettre

L'envie de se plonger dans la vie de son grand-oncle le saisit à plusieurs reprises. Le déclic se produit à la fin des années 1990, après la découverte d'une lettre oubliée dans le fond d'un tiroir. Sur l'enveloppe, un moulin à vent typique des fermes américaines et un cachet de la poste indiquant « Miramar Argentine, 1er juin 1927 ». « La famille de mon grand-oncle avait écrit pour demander des nouvelles de Soule et en particulier de mon grand-père. » Ce dernier n'aurait jamais répondu, préférant cacher l'existence du courrier. Kepa Etchandy lance alors ses recherches pour retrouver la trace de son grand-oncle.

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Un grand-oncle considéré comme déserteur

« Mon grand-père avait combattu durant la Première Guerre mondiale et été décoré de la Croix de guerre. Son frère était considéré comme un déserteur. Lorsque la famille avait reçu l'ordre de mobilisation pour son fils cadet, elle lui avait fait parvenir chez lui, en Argentine. Mais lui était établi là-bas depuis une dizaine d'années, il avait une famille, une entreprise, et on lui disait de venir se battre pour la France, on lui parlait de l'Alsace et de la Lorraine… Le décalage était sans doute trop énorme pour qu'il revienne », commente le Bayonnais.

Un voyage en forme d'hommage

Avant qu'Internet ne se répande, Kepa Etchandy parvient, à coups de dizaines de fax, à retrouver la trace d'une des petites-filles de ce grand-oncle d'Amérique. En 2001, il décide de partir sur ses traces, un voyage en forme d'hommage. « Ce livre, je l'ai écrit pour mes petits-enfants, pour qu'ils connaissent l'histoire de leurs ancêtres, mais aussi de tous ces émigrés basques », glisse l'auteur. Publié aux Éditions de la Rhune, « Aller de par le monde, le béret sur la tête » est un témoignage poignant sur l'exil et la mémoire.