Jean Jaurès : un socialiste ancré dans sa terre natale du Tarn
Jaurès : un socialiste ancré dans sa terre natale du Tarn

À l'occasion du 111e anniversaire de l'assassinat de Jean Jaurès, le 31 juillet 1914, l'historien Jean-Numa Ducange publie une biographie qui retrace le parcours de l'homme de Carmaux. Spécialiste de l'histoire des gauches, il revient sur les multiples facettes de cette figure politique majeure.

Un exemple de méritocratie républicaine

Jean Jaurès incarne-t-il la méritocratie républicaine ? Pour Jean-Numa Ducange, la réponse est oui. Issu d'une famille de bourgeoisie moyenne sans éclat particulier, il doit son ascension à son intelligence et à son travail. Élève brillant, il décroche l'agrégation de philosophie. Son milieu a néanmoins joué un rôle dans son engagement politique : certains de ses oncles étaient des militaires prestigieux occupant des fonctions politiques locales. Mais aucun n'était socialiste.

Un engagement socialiste ancré dans le réel

Son adhésion au socialisme résulte de deux facteurs : une démarche intellectuelle, avec la lecture de Karl Marx dans le texte, et une solidarité concrète avec les luttes ouvrières, notamment celles des mineurs de Carmaux dans sa circonscription du Tarn. Ce qui lie ces deux aspects, c'est une exigence morale héritée des Lumières et de 1789 : un intellectuel se doit de défendre les plus humbles et les plus exploités, sans oublier les droits individuels.

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Un attachement viscéral à sa terre natale

Jaurès, homme du Midi, n'a jamais oublié ses racines tarnaises. Pour lui, le socialisme devait être ancré dans une réalité concrète. Il donnait des meetings en occitan pour se faire élire dans le Tarn. Ses allers-retours réguliers entre Paris et sa région natale témoignent de l'importance qu'il accordait à l'implantation locale. Il séjournait fréquemment sur le domaine de Bessoulet, à Villefranche d'Albigeois, où sa maison est désormais visitable. Selon l'historien, Jaurès aurait été très sensible aux problématiques de la France périphérique, lucide sur la déconnexion entre paysans et ouvriers, et méfiant envers certains milieux socialistes trop urbains. Il s'est notamment intéressé aux luttes des vignerons, qu'il souhaitait protéger par la loi.

Jaurès et la laïcité : un anticléricalisme mesuré

Jaurès fut l'un des grands acteurs de la loi de 1905 de séparation des Églises et de l'État. Il n'était pas athée, considérant dans certains textes l'existence d'une puissance divine, mais il était un anticlérical convaincu. Pour lui, la cause républicaine et socialiste ne progresserait pas sans réduire l'influence considérable de l'Église catholique en politique. Comparé à d'autres républicains, il se montrait plus mesuré dans la lutte contre l'Église, mais en faire un partisan d'une laïcité ouverte serait anachronique. La bataille autour de la loi de 1905 fut intense et frontale, et Jaurès en fut un porte-parole emblématique à l'Assemblée.

Un homme consensuel ?

L'image consensuelle de Jaurès aujourd'hui ne doit pas faire oublier les nombreuses attaques qu'il a subies, y compris de la part d'autres socialistes. Certains lui reprochaient ses talents multiples qui leur faisaient de l'ombre, d'autres désapprouvaient ses positions. Pendant la période précédant la Première Guerre mondiale, la droite l'accusait d'être un Prussien en raison de ses campagnes pour la paix avec les sociaux-démocrates allemands. L'historien insiste sur cette dimension conflictuelle, essentielle pour comprendre le personnage.

Jean Jaurès, par Jean-Numa Ducange, éditions Perrin, 464 pages, 25 euros.

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