Grasset en ébullition : cent auteurs préparent une riposte au départ d'Olivier Nora
Grasset : cent auteurs ripostent au départ d'Olivier Nora

Une mobilisation inédite dans le monde littéraire

Une centaine d'auteurs préparent activement ce mercredi 15 avril 2026 une riposte collective au départ brutal d'Olivier Nora, le PDG emblématique des Éditions Grasset. Cette mobilisation exceptionnelle intervient à la veille de l'ouverture du Festival du Livre de Paris, plongeant le secteur de l'édition dans une nouvelle crise majeure.

Un collectif d'auteurs se constitue dans l'urgence

« Une action commune » est actuellement en préparation par des dizaines d'écrivains, dont beaucoup dénoncent avec véhémence « l'éviction » d'Olivier Nora. Ce dernier dirigeait depuis vingt-six ans Grasset, l'une des principales maisons d'édition du groupe Hachette, désormais contrôlé par le milliardaire conservateur Vincent Bolloré.

« La parole individuelle ne suffit pas, il faut agir collectivement », confie sous couvert d'anonymat à l'AFP un membre du collectif d'une centaine d'auteurs. Ce groupe s'est constitué dans l'urgence et doit se réunir en fin de journée pour concrétiser leur mobilisation et déterminer les modalités de leur action de protestation.

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Des départs annoncés chez un fleuron de l'édition

Plusieurs auteurs historiques de Grasset ont déjà annoncé leur intention de quitter ce fleuron de l'édition française, dont le prestigieux catalogue comprend des noms comme Virginie Despentes, Vanessa Springora ou Gaël Faye. Cette défection massive représenterait un coup dur pour la maison d'édition.

« J'ai toujours dit que si on touchait un cheveu d'Olivier Nora, je partirais de Grasset et ma position n'a pas changé », a déclaré à l'AFP Sorj Chalandon, dont le dernier roman, « Le livre de Kells », a été publié en 2025. L'essayiste Bernard-Henri Lévy a quant à lui écrit sur X qu'il « suivrait » Olivier Nora « là où il irait », témoignant du soutien important dont bénéficie l'éditeur démissionnaire.

La diversité éditoriale menacée

Avec le départ contraint d'Olivier Nora, c'est l'identité même de Grasset qui serait en péril. « C'est la diversité de Grasset, où on trouve des gens de droite comme de gauche, qui est attaquée », a confié un autre membre du collectif d'auteurs. Cette maison était réputée pour son pluralisme idéologique et son indépendance éditoriale.

Aucune raison officielle n'a été fournie pour expliquer le départ de cet éditeur respecté, qui s'était porté garant de l'indépendance de Grasset après le rachat d'Hachette par Vincent Bolloré en 2023. Selon une source proche du dossier, le divorce serait lié à la publication du prochain livre de Boualem Sansal, dont l'arrivée chez Grasset en provenance de Gallimard avait fait grand bruit en mars dernier.

Un désaccord éditorial à l'origine du conflit

« Les deux parties ont fait le constat d'un désaccord » sur l'opportunité de publier cet ouvrage, consacré à la détention de l'écrivain franco-algérien en Algérie. La direction souhaitait une publication dès juin, tandis qu'Olivier Nora préférait attendre l'automne pour mieux préparer la sortie, indique cette source proche du dossier.

Olivier Nora, âgé de soixante-six ans, ne s'est jusqu'à présent pas expliqué publiquement sur son départ, se contentant d'exprimer sa « fierté d'avoir pu porter les couleurs » de Grasset « en toute indépendance ». Cette formule est interprétée comme un message codé sur les pressions qu'il aurait subies.

Une recomposition orchestrée par Bolloré

Le départ d'Olivier Nora constitue une nouvelle étape dans la recomposition des maisons contrôlées par Hachette Livre, le numéro un de l'édition française et troisième éditeur mondial. Cette transformation est impulsée depuis plusieurs années par Vincent Bolloré, qui impose progressivement sa vision éditoriale.

Arnaud Nourry, PDG d'Hachette pendant dix-sept ans, et Sophie de Closets, la patronne de Fayard, sont ainsi partis précédemment sur des désaccords avec la nouvelle orientation prise par le groupe. Depuis ces départs, Fayard, traditionnellement réputé pour ses ouvrages d'histoire, a surtout publié des auteurs marqués à droite ou à l'extrême droite comme Nicolas Sarkozy, Jordan Bardella et Philippe de Villiers.

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Une crise qui éclabousse le Festival du Livre

La crise chez Grasset, où Jean-Christophe Thiery, PDG de Louis Hachette Group et homme de confiance de Vincent Bolloré, succède à Olivier Nora, devrait être largement débattue au Festival du Livre. Cet événement majeur s'ouvre jeudi soir au Grand Palais à Paris.

Le grand rendez-vous annuel de l'édition, qui avait attiré 114 000 visiteurs en 2025, réunira cette année 1 800 auteurs et quelque 450 exposants. La programmation met à l'honneur le voyage et la bande dessinée, mais ne comptera que quatre maisons d'édition appartenant à Hachette. Le groupe a préféré organiser en mars son propre salon du livre pour célébrer ses deux cents ans d'existence.

Un festival qui cherche à éviter les polémiques

Soucieux de s'éloigner des controverses qui agitent le secteur, le Festival du Livre veut « célébrer la lecture sous toutes ses formes », indique son directeur général Pierre-Yves Bérenguer. L'objectif affiché est d'attirer tous les lecteurs, de la littérature aux albums jeunesse en passant par la New romance.

Son ambition est aussi de promouvoir « le livre augmenté » en le mêlant au cinéma, au spectacle vivant, à la musique ou aux arts. Car l'enjeu fondamental reste de « trouver des voies pour inverser le déclin de la lecture », affirme Vincent Montagne, le président du Syndicat national de l'édition.

Un déclin préoccupant de la lecture

Cette tendance à la baisse est particulièrement marquée chez les jeunes, qui ne consacrent que dix-huit minutes par jour à la lecture en moyenne, contre trois heures et une minute aux écrans. Ces chiffres alarmants proviennent d'une étude publiée mardi par le Centre national du livre (CNL), soulignant l'urgence de la situation.

Alors que le monde de l'édition traverse une période de turbulences sans précédent, la mobilisation des auteurs contre le départ d'Olivier Nora symbolise la résistance d'une partie du secteur aux transformations imposées par les nouveaux propriétaires. Cette crise intervient à un moment crucial où la défense de l'indépendance éditoriale apparaît plus nécessaire que jamais face aux concentrations capitalistiques.