La polémique continue de s’écrire chez Grasset. La majorité des auteurs étrangers publiés dans cette maison d’édition ont annoncé lundi, dans un texte commun, qu’ils ne soumettront pas leurs prochains livres à Grasset, et ce, après le limogeage de son PDG, Olivier Nora.
« L’extrême droite doit être combattue »
« En tant qu’auteurs publiés sur la liste internationale des Éditions Grasset, nous exprimons notre vive inquiétude quant à l’avenir de cette maison, à son intégrité éditoriale, et aux équipes qui la font vivre », indiquent ces auteurs dans ce texte, dont l’AFP a pris connaissance.
« Nous refusons que notre travail soit utilisé au service de fins politiques que nous ne partageons pas. L’extrême droite agit au-delà des frontières ; elle doit être combattue au-delà des frontières. Dans ces conditions, nous ne soumettrons pas nos prochaines œuvres aux Éditions Grasset », ajoutent-ils.
Ce texte, qui doit être publié dans plusieurs médias à l’étranger, est notamment signé par les écrivains Han Kang, Prix Nobel de littérature 2024, Ali Smith, Jón Kalman Stefánsson, Colm Tóibín ou Sandro Veronesi.
Une « indépendance éditoriale compromise »
Ces écrivains prennent la même décision que quelque 200 auteurs français qui ont annoncé à la mi-avril leur refus de publier de nouveaux livres chez Grasset pour dénoncer le « licenciement » d’Olivier Nora, dont ils tiennent pour responsable Vincent Bolloré, l’homme d’affaires qui a dans son giron Hachette, maison mère de Grasset.
« Le renvoi d’Olivier Nora pour ses choix éditoriaux laisse entendre qu’aucun éditeur chez Grasset, ni au sein de Hachette, n’est désormais à l’abri, que les éditeurs peuvent être congédiés à tout moment sans continuité ni protection, et que les conditions de l’indépendance éditoriale ont été fondamentalement compromises », estiment les auteurs étrangers. « Ce fut un honneur d’être traduits en français et publiés par une équipe aussi dévouée et de si haut niveau », soulignent-ils.
Vincent Bolloré dénonce le « vacarme » d’une « caste »
Vincent Bolloré a dénoncé, dans une tribune publiée le 19 avril par le JDD, le « vacarme » d’une « petite caste qui se croit au-dessus de tout et de tous », et assuré que Grasset « continuera » en dépit du départ de nombreux écrivains. La maison d’édition doit publier le 2 juin le nouveau livre de Boualem Sansal, La légende, sur sa détention en Algérie.
La mobilisation des auteurs mécontents doit se poursuivre mercredi lors d’une réunion à huis clos dans un théâtre parisien, où ils discuteront des prochaines actions à mener, notamment pour protéger leurs droits, avec des responsables du monde de l’édition et des avocats.



