Asma Mhalla : comment le cyberpunk est devenu notre réalité
Autrice de "Technopolitique", Asma Mhalla poursuit dans son nouveau livre "Cyberpunk" (Seuil) son analyse de notre monde actuel, dominé par la technologie, qui concrétise les visions des écrivains du mouvement cyberpunk. L'universitaire et écrivaine révèle comment la dystopie technologique est devenue notre quotidien.
Pourquoi le titre "Cyberpunk" ?
Le cyberpunk est né à la fin des années 1970 avec des auteurs comme William Gibson ou Bruce Sterling. Ils ne créaient pas d'imaginaires mais captaient les signaux faibles de leur époque pour construire des scénarios possibles. Leur esthétique est aujourd'hui notre réalité : grandes villes surpeuplées, individus atomisés, mégacorporations (les géants technologiques), États ultra-centralisateurs avec une vision panoptique du contrôle.
Le duo Trump-Musk, une figure politique à deux têtes
Trump fait le show du fascisme pendant que Musk encode le nouveau système. C'est une figure politique à deux têtes : Big Tech d'un côté, Big State de l'autre. Leur brouille n'a aucune importance. Asma Mhalla décrit une architecture du pouvoir, pas les animosités entre hommes. Le système perdure au-delà des anecdotes personnelles.
Le pouvoir cognitif, un totalitarisme du confort
Ce totalitarisme ne ressemble pas à celui du XXe siècle. Il passe par le confort et notre consentement à utiliser ces outils de captation de l'intime. Ils ont la capacité de façonner la perception du réel, d'orienter l'attention, de saturer la cognition. C'est un totalitarisme qui se scrolle, se partage, s'installe sans qu'on s'en aperçoive.
Urgence à réagir
Il y a urgence à comprendre et à nommer. Plus on perd du temps, plus ils prennent de l'avance. Eux sont projetés au XXIIe siècle avec la conquête de Mars et les implants cérébraux. Nous, on se demande si le gouvernement va tenir deux mois. Il faut une nouvelle classe politique native de son siècle qui comprenne les enjeux de souveraineté et de liberté cognitive.
L'intelligence artificielle peut-elle aider ?
Il existe des alternatives comme Signal ou l'open source. Mais attention à ne pas dire que chacun n'a qu'à aller ailleurs. Ça doit être un mouvement global, une bascule de récits. L'enjeu est dans l'ordre des récits politiques. Le jour où on aura le courage de nommer et comprendre, les contre-récits découleront naturellement.
Résister individuellement
Le contraire de la démocratie aujourd'hui, c'est le confort. S'ils sont forts, c'est parce que nous sommes faibles et tenons à nos conforts. Il faut une hygiène cognitive : limiter les notifications, réinvestir le réel, sortir dans la rue, lire des livres. Ne pas laisser le virtuel prendre en otage notre esprit critique.



