Présenté en ouverture de la section Cannes Première, le film documentaire de Juan Cabral et Santiago Franco, « The Match », revient sur la rencontre mythique du Mondial 1986 entre l'Argentine et l'Angleterre (2-1 pour les Argentins en quart-de-finale), sur fond de Guerre des Malouines, avec la fameuse main de Diego Maradona mais aussi de son but mythique dans la foulée.
Un match gravé dans l'histoire
Quand on a eu la chance d'aller au moins une fois dans sa vie à Naples, on comprend rapidement qui était Diego Armando Maradona. L'Argentin, surnommé El Pibe de Oro (Le gamin en or), est un mythe, sans doute le plus grand joueur de football de tous les temps. Une légende que sa disparition tragique, en 2020, a renforcée. Mais l'histoire du gaucher s'est surtout écrite le 22 juin 1986 au stade Azteca de Mexico lors du quart de finale entre l'Argentine et l'Angleterre (2-1). Un match épique qui sert de fil rouge au documentaire.
Si ce match mérite une projection cannoise à lui seul, c'est qu'il abrite sans doute les deux moments les plus iconiques de la carrière de Diego Maradona. Le tout en moins de quatre minutes. Auteur d'un doublé, le gaucher marque le premier but de la main et s'offre un slalom gracieux et techniquement parfait, remontant tout le terrain et dribblant la moitié de l'équipe d'Angleterre sur le second but. Deux buts entrés dans la légende, dont le premier s'est inscrit dans la culture populaire sous le nom de « Main de Dieu ».
Un contexte géopolitique tendu
Ce match, raconté à travers les témoignages d'anciens joueurs de l'époque (les Argentins Burruchaga, Valdano, Ruggeri, Giusti et Olarticoechea, les Anglais Lineker, Barnes et Shilton), n'est pas un match comme un autre. Non pas à cause des deux buts iconiques du plus grand génie du ballon rond, mais en raison du contexte géopolitique autour de la rencontre. Depuis 1982 et la guerre des Malouines (îles Falkland), conflit dans lequel l'Angleterre et l'Argentine se sont militairement affrontées sur un bout de territoire situé au large du sud de l'Amérique du Sud et conquis par la Couronne britannique en 1833, les deux pays se vouent une haine tenace. Une rancœur que ce match, vécu comme un vol par l'Angleterre, va exacerber et que l'on retrouvera, en 1998, dans le huitième de finale de la Coupe du monde française qui verra David Beckham se faire expulser, devenant le bouc émissaire idéal après la défaite de son pays aux tirs au but.
L'humanité du football
Oui, Maradona a marqué de la main et son but n'aurait jamais dû être accordé. À l'heure où l'arbitrage vidéo tend à corriger les erreurs manifestes, ce but symbolise à lui seul l'humanité du football. Un sport arbitré par des humains avec leurs failles. Maradona a construit une partie de sa légende sur cette roublardise que le monde entier a vue… sauf l'arbitre du match, le Tunisien Ali Bennaceur. Plus de quatre décennies après, le temps a apaisé les consciences.
Un film de paix et de réconciliation
« Ce film est un grand film de paix et on se rend compte que le temps répare tout », avait lancé Thierry Frémaux en préambule de la projection officielle. Les principaux acteurs du match ont vieilli mais leurs souvenirs sont vivaces, tenaces et unanimes : impossible de ne pas aimer ce filou de Maradona. Personne ne lui en veut, et surtout pas les Anglais. Les amateurs de football ne vont rien apprendre, mais le documentaire a le mérite de parfaitement contextualiser ce match tout en glissant des anecdotes savoureuses, comme celle de la vente aux enchères du maillot porté par Maradona lors de ce match de 1986 pour plus de 7 millions de dollars, alors que la liquette traînait dans le grenier du défenseur anglais Steve Hodge depuis seize ans.
Mais peut-être que celui qui illumine le plus ce film documentaire est le principal absent : Diego Maradona. Sur grand écran, on mesure encore mieux le talent et toute l'aura de l'ancienne idole de Naples et de Boca Juniors. Diego concentre tout du joueur mythique : gaucher, numéro 10, génial, roublard, clutch (décisif), sans oublier ce maillot argentin sur le dos. Photogénique à souhait, Maradona prend la lumière comme personne.
Les Anglais capitulent devant le talent
Quarante ans après le match, Gary Lineker, John Barnes et Peter Shilton, pourtant volés en mondiovision, ont ravalé leur colère, ils ont capitulé devant le vice et le talent de l'Argentin. Les yeux humides, ils s'inclinent devant tant de malice. « Un peu avec la tête de Maradona et un peu avec la main de Dieu » avait lancé, taquine, la presse argentine dans la foulée du match, prêtant ces propos à Diego Maradona. Personne ne s'imaginait, à l'époque, que la rencontre ferait l'objet d'une projection officielle au Festival de Cannes. Pour notre plus grand plaisir.



