« The Mad Dog of Europe » : un documentaire sur la résistance avortée d'Hollywood face au nazisme
Le documentaire « The Mad Dog of Europe », réalisé par Rubika Shah et sorti en salles le 15 avril 2026, plonge dans une page méconnue de l'histoire du cinéma. D'une durée de 1 heure 23 minutes, ce film franco-allemand explore l'épopée tragique d'Herman J. Mankiewicz, scénariste de talent et frère du célèbre cinéaste Joseph L. Mankiewicz.
Un projet visionnaire étouffé par l'antisémitisme
En 1933, Herman J. Mankiewicz écrit « The Mad Dog of Europe », un scénario audacieux qui croise les destins d'une famille juive et d'une famille catholique, anticipant avec une clairvoyance troublante l'ascension d'Adolf Hitler et les politiques nazies à venir. Pendant huit longues années, Mankiewicz se bat pour monter ce film, mais se heurte à un mur d'indifférence et d'hostilité.
Le documentaire révèle que, dans les années 1930, l'antisémitisme était profondément ancré à Hollywood. Une citation glaçante du chef de la police de Los Angeles illustre cet état d'esprit : « La vraie menace à Los Angeles, ce ne sont pas les nazis et les fascistes mais les juifs communistes ». Cette opinion, plus répandue qu'on ne le croit, a contribué à étouffer le projet de Mankiewicz.
L'influence nazie dans la Mecque du cinéma
Le film met en lumière le rôle trouble de Georg Gyssling, ambassadeur du Reich chargé de surveiller et d'influencer l'industrie cinématographique hollywoodienne. Sa mission : mettre au pas la capitale du cinéma et promouvoir les idées nazies. Hollywood, soucieuse de ses intérêts commerciaux, a souvent fermé les yeux, voire collaboré, avec ces forces obscures.
Cette inertie face à la montée du nazisme trouve un écho troublant dans l'actualité, comme le souligne le documentaire. Les parallèles avec l'inaction de l'industrie du cinéma face aux politiques de Donald Trump sont explicitement dressés, invitant à une réflexion sur les responsabilités morales du septième art.
L'échec qui a engendré un chef-d'œuvre
Blacklisté et brisé par l'échec de « The Mad Dog of Europe », Herman J. Mankiewicz a pourtant tiré de cette expérience douloureuse la matière d'une œuvre immortelle. À la demande d'Orson Welles, il a puisé dans son calvaire pour écrire le scénario de « Citizen Kane », considéré comme l'un des plus grands films de l'histoire du cinéma.
Malgré une facture parfois qualifiée de télévisuelle, le documentaire de Rubika Shah reste passionnant. Il offre une plongée fascinante dans les coulisses sombres de Hollywood, rappelant que le cinéma, art du rêve, n'a pas toujours été à la hauteur de ses idéaux face aux menaces totalitaires.



