Séries sur la Belle Époque : une relecture sombre et critique du mythe
Séries sur la Belle Époque : une relecture sombre

« Nuit d’épouvante, de crimes et de mystères », titrait Le Matin dans Paris Police 1910. Dans cette série de Fabien Nury diffusée sur Canal+, la Belle Époque n’a rien d’un âge d’or. Derrière les façades haussmanniennes se dévoilent corruption, violences policières, tensions sociales et scandales politiques autour de l’affaire Steinheil. Un choix narratif qui n’est pas isolé.

Une tendance à la relecture critique

Depuis plusieurs années, des séries comme Paris Police 1900, Paris Police 1905 et Paris Police 1910 proposent une relecture critique du tournant du XXe siècle. Corruption, inégalités, violences sociales… Le Paris qu’elles mettent en scène est bien loin des images d’Épinal. Pour l’historien Arnaud-Dominique Houte, auteur de L’envers de la Belle Époque et professeur d’histoire contemporaine à Sorbonne-Nouvelle, « les fictions donnent souvent l’idée d’une période soit très exceptionnelle, soit très sombre ». Les séries sur la Belle Époque s’inscrivent donc dans une tradition de récits contrastés, oscillant entre fascination et désenchantement.

Une période très inégalitaire

Dans la trilogie Paris Police, l’historien lui-même reconnaît la qualité du travail. « J’ai beaucoup aimé les deux premières saisons. C’est vraiment documenté. Ça donne une crédibilité à la série, et l’imaginaire sombre et exagéré est une bonne idée. » Dès Paris Police 1900, la République apparaît fragilisée par les scandales et les divisions. Paris Police 1905 approfondit cette vision en mettant en scène une société fracturée par les tensions religieuses et sociales. La saison 1910 prolonge cette logique en explorant le rôle des médias et l’emballement de l’opinion publique. Pour Arnaud-Dominique Houte, cette noirceur n’est pas une invention. « Il n’y a jamais eu de totale naïveté sur cette Belle Époque. On reste dans une époque inégalitaire », explique-t-il.

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« L’idée de Belle Époque apparaît dans les années 1930 et devient populaire dans les années 1950 », affirme l’historien. Ce décalage explique en partie pourquoi les séries actuelles semblent « casser » un mythe. En réalité, elles reviennent à une lecture plus proche des réalités historiques. « Vers 1900, la France connaît une structure sociale très inégalitaire, malgré le progrès. »

« Montmartre » et « Le Bazar de la Charité »

La série Montmartre de Louis Choquette, diffusée sur TF1 en 2025, illustrait une autre manière de revisiter la Belle Époque. En s’intéressant au célèbre quartier parisien, elle met en scène un univers à la fois artistique et populaire, marqué par des tensions sociales. Loin d’un simple décor pittoresque, Montmartre y apparaît comme un lieu où se croisent misère, ambition et créativité.

On peut également citer la mini-série Le Bazar de la Charité, diffusée une première fois en 2019 puis remise à l’antenne en 2025, qui s’inscrit pleinement dans cette relecture contemporaine de la Belle Époque. Inspirée d’un fait réel, l’incendie survenu lors de la fête de bienfaisance du Bazar de la Charité en 1897, elle met en lumière les profondes inégalités sociales et les contraintes imposées aux femmes dans une société en apparence brillante.

Un écho contemporain

« Une période suffisamment proche pour nous parler, et suffisamment différente pour nous dépayser. » Si ces récits rencontrent aujourd’hui un tel écho, c’est aussi parce qu’ils dialoguent avec le présent. « Après la série Les Brigades du Tigre, il y a une période de creux. On voit depuis plusieurs années un regain d’intérêt pour la Belle Époque, avec une vision un peu désenchantée », explique Arnaud-Dominique Houte. « C’est une période suffisamment proche pour nous parler, et suffisamment différente pour nous dépayser », ajoute-t-il.

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Les transformations rapides, les innovations techniques ou encore les tensions sociales font écho à notre monde contemporain. La Belle Époque apparaît alors comme une période de bascule. « Le fait qu’on sache que ça va mal finir oriente notre perception. » Les séries ne changent peut-être pas tant l’image de la Belle Époque qu’elles ne la rendent plus lisible. « Les réalisateurs exagèrent la réalité », souligne l’historien, mais remettent en lumière cette période qui n’était pas qu’un âge d’or, mais aussi un moment de contrastes profonds. « C’est en 1900 que la France connaît sa structure sociale la plus inégalitaire avec le progrès », rappelle Arnaud-Dominique Houte.