La réalisatrice Marie-Hélène Roux a mis dix ans pour concrétiser Muganga – Celui qui soigne, son film sur le docteur Denis Mukwege, prix Nobel de la paix 2018, qui répare les femmes victimes de violences sexuelles et de mutilations en République démocratique du Congo. Un beau film, nécessaire dans son propos, juste dans la représentation.
Un contexte de violence systémique
Depuis plus de trente ans, les guerres civiles en RDC utilisent le viol et les violences sexuelles comme armes de destruction massive, pour terroriser les populations, les déplacer et s'approprier les richesses du sous-sol, notamment les minerais rares nécessaires à la fabrication de nos appareils électroniques. Une tragédie qui persiste malgré les efforts inlassables de Denis Mukwege.
L'hôpital de Panzi, un havre de soins
Depuis 1999, dans son hôpital de Panzi à Bukavu, dans l'est de la RDC, ce gynécologue formé à Angers recueille et soigne les femmes et les enfants victimes de violences sexuelles et de mutilations génitales. Pour cette lutte, il a reçu le prix Nobel de la paix en 2018, conjointement avec la militante yézidie Nadia Murad.
Un film qui allie éthique et esthétique
Il a fallu dix ans d'efforts à la productrice Cynthia Pinet et à la réalisatrice Marie-Hélène Roux pour mener à bien ce projet. Le résultat est une réussite, tant sur le fond que sur la forme. Le film s'ouvre sur une scène d'une violence suggérée qui transpose dans un foyer occidental ce que subissent les Congolaises, afin de dénoncer une empathie à géographie variable.
Un regard à bonne distance
Pour faciliter l'identification du public, le film suit Guy-Bernard Cadière, chirurgien belge pionnier de la laparoscopie (interprété par Vincent Macaigne), qui rejoint le docteur Mukwege (Isaach de Bankolé) en 2011 à l'hôpital de Panzi. Par son regard, on découvre la réalité congolaise, les enjeux économiques, politiques et coloniaux. On rencontre les victimes, on écoute leur parole, on approche l'atrocité des violences subies et on ressent leur force et leur résilience.
Le film évite l'héroïsation de Mukwege, le montrant dans ses doutes et ses difficultés. Muganga alerte sur le pire de l'humanité, salue le meilleur, et souligne le déséquilibre : parfois le cœur fatigue, mais l'horreur jamais. Le combat continue.



