Dans L'inconnu de la grande arche, en salle ce mercredi, le réalisateur Stéphane Demoustier dresse le portrait de l'architecte danois Johan Otto von Spreckelsen, concepteur de l'Arche de la Défense. Ce film mêle avec ironie la gloire et le pathétique d'un homme confronté au poids du réel.
Un projet pharaonique
En 1983, François Mitterrand choisit cet architecte de 53 ans, alors inconnu du grand public, pour édifier un monument dans l'axe du Louvre et de l'Arc de triomphe. Von Spreckelsen n'avait jusqu'alors construit que quatre églises et sa propre maison. Le président souhaite un cube évidé moderniste, symbole de fraternité et des droits humains, à inaugurer pour le bicentenaire de la Révolution.
Un portrait en deux actes
Le film débute comme une comédie subtile, mettant en scène l'association improbable entre l'architecte idéaliste et le pouvoir mitterrandien. Claes Bang incarne von Spreckelsen avec justesse, tandis que François Cau campe un Mitterrand stylisé. Les seconds rôles, interprétés par Sidse Babett Knudsen, Xavier Dolan ou Swann Arlaud, enrichissent le récit.
La reconstitution soignée d'une époque révolue ajoute au charme du film. Mais après les législatives de 1986, la cohabitation change la donne : les financements se réduisent, le président s'éloigne, et le projet doit recourir au privé. Le film bascule alors dans le tragique, interrogeant les vertiges de l'intégrité, les dangers de l'identification de l'artiste à son œuvre, et la marche indifférente de l'Histoire.
Sans trancher entre idéalisme et inconséquence, Stéphane Demoustier donne à voir, à émouvoir et à réfléchir.



