"L'écologie des sentiments" : une rom-com tendre et moderne qui séduit
"L'écologie des sentiments" : une rom-com tendre et moderne

Alexandre Steiger signe son premier long métrage avec "L'écologie des sentiments", une comédie romantique tendre et décalée qui explore la quête d'absolu dans un monde en crise. Andranic Manet et Salomé Rose Stein y incarnent un duo aussi attachant que surprenant.

Comédien de théâtre notamment avec les Chiens de Navarre et acteur au cinéma remarqué chez Mathieu Kassovitz, Pascal Bonitzer ou encore Nicolas Pariser, Alexandre Steiger signe enfin son premier long métrage comme réalisateur : L'écologie des sentiments, une petite perle de rom-com tendre et décalée. Mais non, la chair n'est pas triste et l'on n'a pas lu tous les livres. Et quelle joie, du reste, que d'être ainsi positivement démenti !

Ici, c'est sur le terrain de la comédie romantique que l'on pouvait penser épuisé à force d'avoir été labouré, travaillé, exploité, que l'on découvre, émerveillé, une efflorescence inattendue. Le réalisateur a reçu le prix SACD de la meilleure première œuvre de fiction au festival de Clermont-Ferrand en 2018 pour son premier court-métrage Pourquoi j'ai écrit la Bible (il en a signé un second l'année suivante : De longs discours dans vos cheveux).

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Une comédie romantique au message contemporain

Avec L'écologie des sentiments, Alexandre Steiger continue de fouiller la question très contemporaine de la quête d'absolu et de la place des sentiments dans un monde qui vacille. En envisageant, explique-t-il dans le dossier de presse, "la tendresse comme refuge possible dans un monde en crise, la douceur comme lueur au milieu des prévisions les plus apocalyptiques, et des luttes nécessaires à mener…"

Si L'écologie des sentiments évoque la cause animale, ce n'est pas un film à thèse mais bien une comédie romantique à message. Un message tout simple, tout doux, à lire dans le comportement des uns vis-à-vis des autres, dans le soin que les uns prennent pour les autres, malgré leurs dissemblances et divergences. Il est aussi à apprécier dans sa conviction qu'il n'est, dans une société où tout s'évalue et s'achète, pas de geste plus beau, plus fort, plus bouleversant, y compris au sens subversif (voire révolutionnaire), que d'aimer purement, gratuitement, tendrement.

Félix et Lola : le timide et la déterminée

Félix, grand échalas introverti, doux et fantasque (merveilleusement incarné par Andranic Manet) travaille en tant que réceptionniste dans un petit hôtel parisien tenu par son père, protecteur et maladroit (Alexandre Steiger). Quand Lola, une jeune femme énergique, déterminée et énigmatique (Salomé Rose Stein, parfaite de modernité sensible), prend une chambre pour quelques jours, son quotidien est chamboulé, et lui, houlala, perturbé !

Ce que Félix ne sait pas, c'est que Lola, militante antispéciste, est à Paris pour réaliser avec deux autres activistes un happening spectaculaire au salon de l'agriculture. En attendant de passer à l'action, Félix et Lola, qu'au fond, tout oppose (ou à tout le moins, les logiques normatives), se croisent et se rencontrent, discutent et échangent… Au bout d'un moment, forcé, ils s'écoutent et se rapprochent.

Une mise en scène originale et loufoque

Alexandre Steiger réussit son pari grâce à une troupe de comédiens débordante de talent, de singularité et de fantaisie, mais aussi grâce à sa mise en scène. S'appuyant beaucoup sur l'originalité de son décor principal de l'hôtel aux couloirs étroits et aux chambres stylisées, elle procède par plans fixes finement composés, plans très larges, rares mouvements d'appareil et brusques effets de montage.

Par des décalages subtils ou surprenants (une confrontation avec des policiers par exemple racontée exclusivement avec des plans fixes, façon roman-photo, émaillés de postures idiotes), le réalisateur insuffle une douce loufoquerie qui sert son propos : oui, tout ça est un peu absurde mais le serait complètement, si n'étaient l'amour et la tendresse. "Je voulais que la bonté, la naïveté, la douceur soient mises en avant dans un monde où la force, le cynisme, la réussite sont habituellement récompensés", dit Alexandre Steiger. On craque !

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