Parmi la foule et le vacarme de Cannes, il est si facile de passer à côté de la superbe petite toile d’un grand maître. James Gray, avec « Paper Tiger », vise l’épure. Comme un peintre reprend le patron, il revisite les motifs de ses imposantes œuvres passées en en raffinant les détails, en nuançant son style pour plus de profondeur.
Une histoire de famille new-yorkaise
C’est encore et toujours une histoire de famille new-yorkaise du Queens, les Pearl, dont le père ingénieur (épatant Miles Teller, coiffé comme James Caan), qui aimerait offrir davantage à son épouse (épatante Scarlett Johansson, permanentée comme Janet Leigh) et à ses deux fils adolescents, se laisse embarquer par son frère (épatant Adam Driver, hâbleur dépassé mi-Joe Pesci mi-Ray Liotta) dans un projet d’assainissement des égouts new-yorkais impliquant la mafia russe.
Pour quelques dollars de plus et avec les meilleures intentions du monde, les frangins vont croire en un rêve américain jamais loin du cauchemar (inoubliable scène de home-invasion filmée comme du Jacques Tourneur). Le film se passe en 1986, l’année de la Perestroïka et de Tchernobyl, c’est une tragédie en sourdine, un drame domestique entre gens honnêtes et aimants emportés par les ténèbres du capitalisme sauvage et les « tigres de papier » de l’histoire en marche.
Un réalisateur entre ombre et lumière
Éternel recalé du palmarès, le réalisateur de « la Nuit nous appartient » ne voulait pas venir pour la sixième fois à Cannes et risquer de se prendre un sixième vent. La pression de Thierry Frémaux et du distributeur international Neon, fort des Palmes d’or d’« Anora » et d’« Anatomie d’une chute », a finalement eu raison de ses réticences.
Dans cet entretien, James Gray confie : « Admettre notre nature éphémère est quelque chose de très beau. » Avec « Paper Tiger », il signe une œuvre qui, tout en restant fidèle à ses thèmes de prédilection, atteint une élégie poignante sur la fragilité des liens familiaux face aux forces obscures du monde.



