Une métamorphose spectaculaire pour incarner John Lennon
La photographie dévoilée le 30 janvier dernier pour promouvoir le film en quatre volets de Sam Mendes sur les Beatles, dont la sortie est prévue en avril 2028, révèle une transformation à couper le souffle. Harris Dickinson, qui jusqu'à présent ne présentait aucune ressemblance avec le chanteur de Liverpool, arbore désormais les traits caractéristiques de John Lennon : cheveux longs, lunettes rondes et visage empreint de mélancolie.
De Cannes à Liverpool : le parcours d'un acteur en pleine ascension
En mai dernier à Cannes, l'acteur britannique, très en vogue depuis la Palme d'or 2022 Sans filtre où il incarnait un mannequin, présentait son premier long-métrage en tant que réalisateur, Urchin, dans la compétition Un Certain Regard. La salle comptait un invité de marque : Paul Mescal, l'interprète bouleversant d'Aftersun et héros de Gladiator 2. Les deux comédiens sont désormais liés par une amitié profonde, une complicité essentielle pour incarner le duo légendaire Lennon/McCartney.
« Je ne peux pas parler en détail de ce rôle qui m'attend, si ce n'est pour dire que je suis plongé dans les recherches », confie Harris Dickinson, les yeux plissés par le soleil sur une terrasse cannoise. L'acteur est déterminé à promouvoir avant tout son portrait émouvant d'un toxicomane à la dérive dans les rues de Londres, récompensé par un prix d'interprétation pour Stephen Dillane en fin de festival. « Mais pas d'inquiétude, mon accent de Liverpool progresse, j'y travaille depuis un moment déjà. »
Entre réalisation et engagement social : les multiples facettes de Harris Dickinson
Le Point : Depuis Sans filtre et Babygirl face à Nicole Kidman, vous êtes un acteur très demandé. Tout arrêter pour prendre le temps de réaliser Urchin ne vous a pas fait peur ?
Harris Dickinson : Le désir de réaliser est plus fort que tout dans ma vie, c'est en fait ma véritable vocation depuis toujours, même si j'ai un temps hésité à m'engager dans l'armée. Ma mère est coiffeuse, et quand j'étais enfant, elle coupait les cheveux des clients dans notre cuisine. De ma naissance au moment où j'ai quitté la maison, j'ai grandi en observant cette espèce de scène de théâtre. Il y a quelque chose de très intime dans le fait de se faire couper les cheveux, ça amène les gens à faire des confidences incroyables. J'écoutais ces récits, je percevais aussi les contradictions ou les implications sous-jacentes de ce qui se disait… J'ai toujours été obsédé par l'idée de transformer cette réalité en fiction.
Urchin : un film ancré dans l'expérience personnelle
Pour Urchin, vous vous êtes nourri de votre expérience personnelle de bénévole auprès de sans-abri à Londres…
Nous avons filmé dans un quartier que je connais depuis toujours et où j'essaie en effet de soutenir les actions humanitaires pour les sans-abri, dans l'est de Londres. Ce que j'ai vu et les gens que j'ai côtoyés, notamment le personnel institutionnel qui a pour mission d'aider les gens à la sortie de prison, tout cela a beaucoup influencé le récit. Mais au bout du compte, j'ai voulu me concentrer sur le personnage de Mike (Frank Dillane), pour montrer ce qui arrive quand quelqu'un devient son propre ennemi. Je voulais éviter tout jugement. J'ai un énorme respect pour les gens qui travaillent dans le social, c'est d'ailleurs le métier de mon père.
Un style cinématographique entre réalisme et onirisme
Le film alterne entre un style proche du documentaire, très réaliste, et des passages oniriques. Pourquoi ?
J'adore le cinéma surréaliste, avec ces scènes qui jouent sur l'absurde, sur l'inattendu. Et puis, dans ce film, il est question de traumatisme, et bien sûr on sait à quel point cela affecte le cerveau, je voulais traduire cela en images. Ces scènes sont comme des projections de ce qui se passe dans la tête de Mike. Il est immergé dans la ville, où il se bat pour survivre. Et dans le secret de son esprit, il se projette dans la nature, à l'opposé de cette dureté, de cette agressivité urbaine. Sauf que dans la nature, on est seul face à soi-même.
Gérer les contradictions entre succès et engagement social
Il y a un contraste entre votre film qui montre la dureté d'une existence précaire, votre action humanitaire et la vie protégée d'un acteur à succès. Comment gérez-vous la contradiction ?
C'est très contradictoire, c'est vrai. Et j'éprouve encore beaucoup d'ambivalence par rapport à cet aspect du travail. Je ne veux pas me laisser emporter par ce monde, embarquer sur ce fleuve qui vous sépare du monde réel, il faut absolument résister à ça… et ça passe par certaines choses, par exemple ne pas déménager, je vis toujours dans le même quartier de Londres, j'ai dû bouger de 2 kilomètres par rapport à là où j'ai grandi. J'y rencontre toujours les mêmes gens au supermarché, ça aide à garder la tête froide.
Au fond, j'adore ce métier, celui de réalisateur, mais celui de comédien aussi parce qu'il demande de s'absorber dans le monde de quelqu'un d'autre, d'épouser son point de vue. J'ai aimé travailler sur Babygirl parce que chacun et chacune – Nicole Kidman, et Halina Reijn, la réalisatrice – était dans cette recherche dépourvue de jugement, malgré le sujet, qui pouvait paraître provocant. C'est une sorte de philosophie de vie qui a vraiment du sens.