Gus Van Sant de retour avec 'La Corde au cou' : rencontre avec un cinéaste taiseux
Gus Van Sant revient avec 'La Corde au cou' après huit ans

Le retour attendu de Gus Van Sant au cinéma

Après huit années d'absence des salles obscures, le célèbre réalisateur américain Gus Van Sant fait son grand retour avec « La Corde au cou », qui sortira le mercredi 15 avril. Cette rencontre tant attendue avec l'artiste derrière des films cultes comme « Drugstore Cowboy » (1989), « My Own Private Idaho » (1991) ou encore « Harvey Milk » (2008) s'est révélée aussi fascinante que délicate, le cinéaste se confirmant comme un homme particulièrement discret et peu loquace.

Un palmarès impressionnant et une absence remarquée

Palme d'or en 2003 pour « Elephant » et quatre fois nommé aux Oscars, Gus Van Sant a marqué plusieurs générations de cinéphiles avec ses plans audacieux et ses personnages complexes. De Matt Damon et Casey Affleck perdus dans le désert de « Gerry » à Nicole Kidman en présentatrice météo ambitieuse dans « Prête à tout », en passant par Sean Penn en activiste gay dans « Harvey Milk », ses créations ont durablement imprégné notre imaginaire collectif.

Fin mars, le réalisateur a fait escale à Paris pour présenter son dix-huitième long métrage, accordant quelques interviews rares dont une au journal Sud Ouest. Les portraits le décrivent souvent comme « discret » et « taiseux », ce que notre rencontre a confirmé. Pourtant, loin de tout dédain, Gus Van Sant se montre accessible, s'exprimant simplement autour d'un café, sans protocole excessif ni présence d'attaché de presse.

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« La Corde au cou » : un thriller social aux accents contemporains

Son nouveau film, « La Corde au cou », s'inspire d'un fait divers survenu en 1977 à Indianapolis, où un homme ruiné, Tony Kiritsis, kidnappe le riche héritier Richard Hall. Avec Bill Skarsgärd et Dacre Montgomery dans les rôles principaux, le long métrage de 1h44 mêle brillamment images d'archives et séquences fictives, sur une bande-son funk caractéristique de l'époque.

Le récit fonctionne à la fois comme thriller haletant et comme parabole sociale, explorant les thèmes du ressentiment et des rapports de classe. À travers les personnages de Tony et Richard, Gus Van Sant dépeint deux jeunes hommes qui refusent de ressembler à leurs parents, un sentiment partagé par beaucoup de leurs contemporains des années 1970.

Un artiste qui cultive le mystère

Interrogé sur la portée politique potentielle de son film dans le contexte de l'Amérique trumpiste, le réalisateur reste mesuré : « Non, je pense que ce ressentiment fait partie de la condition humaine, quelle que soit l'époque. » Cette réponse illustre bien son approche : Gus Van Sant préfère les « comment » aux « pourquoi », se concentrant sur la forme et l'émotion plutôt que sur les messages explicites.

Concernant son absence prolongée du cinéma, il explique simplement : « J'ai été mobilisé par d'autres activités, la réalisation d'une mini-série consacrée à Truman Capote, des clips promotionnels pour Gucci… Les formats changent, mais pour moi, c'est toujours un même travail, de réalisateur. »

La liberté dans les contraintes

Le cinéaste, également peintre et passionné de musique, se montre plus disert lorsqu'il évoque son processus créatif. Il décrit avec précision comment il a tourné dans l'espace confiné de l'appartement où se déroule la prise d'otage : « Cela ne change pas grand-chose car même dans un vaste espace naturel, vous avez des choix à faire, des cadrages à trouver, une relation à établir entre le sujet et l'environnement. »

Cette philosophie s'applique aussi aux aspects budgétaires. Gus Van Sant défend ardemment le travail avec des moyens limités : « Quand les budgets sont modestes, vous n'avez qu'une caméra, un projecteur, il faut choisir et fixer un style beaucoup plus en amont, dès avant le tournage. J'aime travailler comme ça, avec des contraintes, des petits budgets, je ne me sens pas moins libre. »

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La rencontre s'achève sur un dernier sourire, doux et mélancolique, avant que le grand Gus Van Sant ne reparte avec son mystère intact, laissant derrière lui l'empreinte d'un artiste authentique qui continue de tracer sa voie singulière dans le paysage cinématographique contemporain.