Un trésor cinématographique français redécouvert après un siècle d'oubli
Dans le Michigan, un professeur retraité nommé Bill McFarland a fait une découverte extraordinaire en ouvrant un vieux coffre en bois qui appartenait à sa famille depuis cent ans. Ce coffre, déplacé au fil des générations du grenier à la grange puis au garage, contenait dix bobines de films anciens que personne n'avait jamais examinées. Parmi ces pellicules se trouvait un film perdu de Georges Méliès, pionnier français du cinéma, intitulé « Gugusse et l'automate » et d'une durée de 45 secondes.
La quête de préservation d'un héritage fragile
Bill McFarland, arrière-petit-fils d'un projectionniste de Pennsylvanie rurale, a d'abord tenté de vendre les bobines à un antiquaire. Cependant, celui-ci a refusé après avoir appris que les pellicules en nitrate étaient hautement inflammables et pouvaient même exploser. Ne sachant pas comment visionner ces films ni ce qu'ils représentaient, le septuagénaire a décidé de se rendre au Centre national de conservation de l'audiovisuel de la Bibliothèque du Congrès, situé à Culpeper en Virginie, durant l'été dernier.
Les experts de la Bibliothèque du Congrès ont immédiatement reconnu la valeur historique des bobines. Patrick Queen, spécialiste de la préservation numérique des films, a supervisé la restauration de « Gugusse et l'automate » dans les laboratoires du centre. Le film, réalisé en 1897, montre Méliès dans le rôle d'un magicien actionnant la manivelle d'un automate qui grandit puis frappe le magicien d'un coup de bâton. Ce dernier riposte avec un marteau, faisant rétrécir et disparaître l'automate grâce à des techniques de montage innovantes pour l'époque.
Georges Méliès : un pionnier méconnu du cinéma mondial
Georges Méliès, illusionniste de formation, avait assisté à la première projection publique des frères Lumière à Paris en 1895. Il devint rapidement célèbre pour ses expérimentations avec les premiers effets spéciaux cinématographiques. Cinq ans après « Gugusse et l'automate », il réalisa « Le voyage dans la lune » en 1902, considéré comme l'un des premiers films de science-fiction. Malheureusement, sa carrière déclina et il termina sa vie comme vendeur de jouets dans une boutique de la Gare Montparnasse à Paris, le centre du cinéma s'étant déplacé vers l'Amérique.
George Willeman, responsable du fond de bobines en nitrate de la Bibliothèque du Congrès, explique que Méliès fut l'un des premiers réalisateurs de film et l'un des premiers cinéastes confrontés au piratage, ses œuvres ayant été largement contrefaites. Il aurait même détruit une centaine de ses négatifs, dont la pellicule fondue aurait servi à fabriquer des bottes pour les soldats français pendant la Première Guerre mondiale.
L'héritage d'un projectionniste itinérant
L'arrière-grand-père de Bill McFarland, William DeLyle Frisbee, était un projectionniste itinérant né en 1860 en Pennsylvanie. Pendant son temps libre, il quittait ses champs de pomme de terre et ses ruches pour parcourir la campagne en calèche avec un phonographe Edison, une lanterne magique puis un projecteur et des films. Ses carnets de voyage, usés par le temps, témoignent de ses pérégrinations et des défis rencontrés, comme ce spectacle à Garland où il nota : « cinq dollars de recettes, public difficile ».
Bill McFarland imagine que ces spectateurs « avaient peut-être un peu trop bu » ce samedi soir, ou étaient « simplement trop bruyants » voire « excités à la vue des images ». Un siècle plus tard, les archivistes de la Bibliothèque du Congrès ont éprouvé une excitation similaire en découvrant les pellicules. Ils ont conservé les précieuses bobines dans une chambre froide spécialement conçue pour prévenir tout incendie causé par le nitrate, aux côtés de dizaines de milliers de films datant de l'âge d'or d'Hollywood.
Une restauration minutieuse pour la postérité
Les archivistes ont passé une semaine entière à restaurer la bobine et à la numériser. Malgré le temps écoulé, la pellicule qui avait rétréci et s'était déchirée était en relativement bon état pour des négatifs stockés pendant des années dans un grenier ou une grange exposée au soleil. Jason Evans Groth, conservateur des images animées de la Bibliothèque du Congrès, s'émerveille : « Ces plans sont d'une grande précision pour un film aussi ancien, et les blagues sont intemporelles ».
« Gugusse et l'automate », bien que figurant dans le catalogue de Méliès, n'avait jamais été vu par le public moderne jusqu'à ce que Bill McFarland ne dépose ses bobines à Culpeper en septembre dernier. Le film est désormais accessible sur le site de la Bibliothèque du Congrès, devenant ainsi un morceau préservé de l'histoire du cinéma français et mondial, témoignant du génie précoce de Georges Méliès et de la persistance fragile de la mémoire cinématographique.



