En Roumanie, le cinéma est en crise profonde
En Roumanie, le cinéma est en crise

Le cinéma roumain traverse une période sombre. La fréquentation des salles a chuté de 30% en cinq ans, selon les données de l'Office national du cinéma. En 2025, seulement 8,5 millions de billets ont été vendus, contre 12 millions en 2020. Les professionnels du secteur tirent la sonnette d'alarme.

Fermetures en série et désert culturel

Près de 150 salles de cinéma ont fermé leurs portes en Roumanie depuis 2020, soit une baisse de 20% du parc. Les zones rurales sont les plus touchées, avec une disparition quasi totale des écrans. "Dans certaines régions, il n'y a plus aucun cinéma à des kilomètres à la ronde", déplore Ionut Popescu, président de l'Association des cinéphiles roumains. Les grandes villes résistent mieux, mais les multiplexes peinent à attirer un public jeune, happé par les plateformes de streaming.

Un financement public insuffisant

Le budget alloué au cinéma par l'État roumain stagne à 20 millions d'euros par an, un montant jugé très insuffisant par les professionnels. "C'est un tiers de ce que reçoit la Hongrie voisine, pourtant comparable en taille", souligne le réalisateur Cristian Mungiu, Palme d'or à Cannes en 2007. Les aides à la production sont rares et les subventions aux salles indépendantes quasi inexistantes. Résultat : seuls 25 longs métrages roumains sont sortis en 2025, contre 40 en 2019.

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La concurrence des plateformes

Netflix, HBO Max et autres services de streaming captent une part croissante du public. Selon une étude du ministère de la Culture, 60% des Roumains regardent des films principalement en ligne. "Le cinéma en salle est devenu un luxe pour beaucoup", explique Ana Maria Sandu, critique de film. Le prix moyen d'une place (8 euros) reste abordable, mais l'offre culturelle en ligne est perçue comme plus pratique.

Des initiatives pour sauver le secteur

Face à cette crise, des ciné-clubs et associations tentent de maintenir une programmation de qualité. Le festival du film de Transylvanie, qui se tient chaque année à Cluj-Napoca, attire 50 000 spectateurs. "Nous devons réinventer l'expérience cinématographique", estime le directeur du festival, Tudor Giurgiu. Des séances en plein air, des débats et des rencontres avec les réalisateurs sont organisés pour fidéliser le public.

Le gouvernement a promis un plan de relance de 10 millions d'euros, mais les professionnels restent sceptiques. "C'est un pansement sur une jambe de bois", juge Cristian Mungiu. La crise du cinéma roumain est aussi celle d'un modèle culturel qui peine à se renouveler.

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