Une relation privilégiée avec la France
À Roland-Garros, les petits pas de danse ont fait leur effet. Même Antoine Arnault, l'un des fils de la plus grande fortune du pays, a salué la chorégraphie sur X, ajoutant en légende que « Paris aime les grands champions ». Novak Djokovic, opposé ce vendredi à Joao Fonseca au troisième tour de Roland-Garros, en est un, évidemment. Cela fait bien longtemps qu'on le sait. Et si la capitale française s'en est amourachée avec les années, on peut dire que la réciproque est vraie.
Le Serbe a un crush particulier avec la France. Il en parlait dans une interview au Parisien il y a quelques années : « Avant même que je mette un pied chez vous, j'avais déjà une image positive de la France. Il y a une longue tradition d'amitié entre nos pays, racontait-il. Quand je suis venu pour la première fois, à 11 ans, pour jouer le tournoi international de Tarbes, j'ai adoré votre pays tout autant que les gens. » Et encore, cela était avant qu'il ne s'impose enfin pour la première fois à Roland.
Le Grand Chelem parisien, une conquête de longue date
Le Grand Chelem parisien était le dernier à lui résister. Après trois finales perdues, dont une face à Stan Wawrinka où tout le monde pensait que ce serait enfin la bonne, la délivrance est arrivée en 2016. Une manière de sceller pour de bon un lien qui n'a fait que se renforcer depuis, jusqu'à l'apothéose de 2024. En battant Carlos Alcaraz en finale des Jeux olympiques, le Serbe a définitivement terminé le jeu. Il fallait le voir dans les minutes qui ont suivi la balle de match ce jour-là. Les mains qui tremblent, les larmes qui coulent sans pouvoir les arrêter, Nole a vécu de son propre aveu « la plus grande émotion » de sa carrière.
« Il a compris le caractère des Français »
Des mots qui pèsent, quand ils viennent d'un homme qui a remporté 24 tournois du Grand Chelem. Et qui laissent imaginer la place qu'il conserve bien au chaud dans son cœur pour notre pays. À l'écouter, tout ici lui plaît – sauf le public qui crie alors qu'il s'apprête à servir face à un joueur français. Mais il pardonne vite, parce qu'il se reconnaît dans ce caractère parfois insolent mais finalement sans faux-semblant.
« C'est quelqu'un de très honnête. Et je pense qu'il apprécie ça aussi chez nous, relève Julie Soyer, une de ses plus grandes fans, qui a eu l'occasion de le côtoyer à plusieurs reprises. Il a compris le caractère des Français, qui râlent un peu, qui ont pu être injustes avec lui dans le passé, mais qui sont capables aussi d'aimer beaucoup. Il apprécie quand on est direct, et ça c'est très Français. »
Le maillot des Bleus en 2006
Cette professeure de 36 ans, expatriée à Londres depuis quelques années, s'est prise de passion pour Nole en 2006. Opposé à Rafael Nadal en quart de finale, le Serbe avait abandonné au bout de deux sets. Les commentateurs n'avaient pas été très sympas avec ce quasi-inconnu de 19 ans, 63e joueur mondial, qui se permettait de ne pas aller au bout de son match face au tenant du titre. Juste après, elle l'avait entendu dire que Nadal, qui venait d'enchaîner une 57e victoire d'affilée sur terre battue, n'était pas non plus imbattable. En train de réviser son bac français, elle avait dressé la tête pour observer de plus près.
« C'est ce mélange d'ambition et d'arrogance… Je ne sais pas pourquoi, ça m'a parlé tout de suite, raconte-t-elle aujourd'hui. Je me revois aller dans la chambre d'amis et allumer l'ordinateur pour faire des recherches sur lui, et voilà, c'était parti. » Un autre détail a joué son rôle, aussi : « Il portait le maillot de la France ». Vraiment ? Vérification faite, c'est exact. En pleine Coupe du monde de foot en Allemagne, Djoko s'était pointé ce jour-là devant les médias avec le maillot des Bleus de Zidane sur le dos. La connexion était déjà là.
Dix ans plus tard, Julie a enfin rencontré son idole et, peu à peu, une vraie relation s'est nouée entre eux. Il faut dire que la jeune femme passait ses vacances à voyager partout dans le monde pour le voir jouer, et qu'avec ses cheveux teintés en rouge, elle ne passait pas inaperçue. Si elle ne parlait pas particulièrement avec lui de son amour pour la France, elle peut témoigner que le Serbe était très curieux de la langue de Molière :
« Une fois, à Belgrade, je lui ai fait une mini-leçon parce qu'il ne comprenait pas la différence entre l'utilisation du passé composé et l'utilisation de l'imparfait. C'est un linguiste, il adore ça. Il est toujours curieux de comprendre. »
L'an dernier, présente sur ses trois premiers matchs à Roland, elle s'était permis de lui faire remarquer, après avoir entendu deux fois la faute dans ses discours d'après-match, qu'on ne disait pas « espécialement » mais « surtout ». Lors de son troisième match, il avait retenu la leçon. « Il dit toujours "la family" aussi, mais "la famille" c'est un peu dur pour lui », note-t-elle en rigolant.
Julie aura donc participé aux progrès de Djokovic dans notre langue. Le Serbe, résident monégasque depuis 2007, tête de gondole de la marque patrimoniale Lacoste depuis 2017, est largement capable aujourd'hui de tenir une conversation assez longue, comme il l'a prouvé mercredi dans l'émission « Quotidien ».
Un investisseur au Mans
Et il a de plus en plus d'occasions de s'exercer. Par exemple quand il félicite les joueurs du Mans après leur montée en Ligue 1. Car oui, depuis quelques semaines, l'actuel numéro 4 mondial fait partie, avec l'ancien pilote de F1 Felipe Massa et le gardien du Real Madrid Thibaut Courtois, des investisseurs devenus actionnaires majoritaires du club sarthois, via le fonds d'investissement brésilien Outfield.
Pour le coup, il ne s'est pas lancé par amour des rillettes, mais parce qu'il connaît bien Georgios Frangulis, compagnon de la numéro 1 mondiale Aryna Sabalenka et PDG d'Oakbery, qui s'est associé à OutField pour réaliser l'opération. Il n'empêche, comme à chaque qu'il explore quelque chose, le Serbe est à fond. « C'est un beau projet pour moi parce que je sais que Le Mans a une belle histoire, Didier Drogba a joué dans ce club, expliquait l'intéressé dans l'émission de Yann Barthès. Il y avait une bonne chance d'arriver en première division, ils l'ont fait dès cette saison, je suis très heureux pour le club. »
« Novak est passionné de foot, il voit nos matchs et son enthousiasme n'est pas une façade », assurait de son côté le président du MFC Thierry Gomez dans L'Equipe, en mars. On veut bien le croire. C'est un peu comme quand il va jouer à la pétanque dans le bois de Boulogne en plein tournoi, en 2024. Juste une question de plaisir et de feeling. « Novak n'est pas du genre à faire des choses pour la galerie, reprend Julie. Il aime Paris, sa culture. Vu sa personnalité, c'est forcément le genre de ville dans laquelle il se sent forcément à l'aise. »
Son restaurant fétiche à Paris
Il a même désormais son restaurant fétiche. Le Siena, une enseigne italienne située place du Marché Saint-Honoré, dans le 1er arrondissement, est l'adresse favorite du Serbe quand il vient à Paris. C'est là, notamment, qu'il avait fêté son titre olympique, dansant jusque tard dans la nuit. En partant, il avait glissé au propriétaire des lieux, Mehdi Abdelhedi, qu'il considérait ce lieu « comme son porte-bonheur ».
Peut-être y est-il allé depuis qu'il est arrivé à Paris, la semaine dernière. Car la défaite surprise de Jannik Sinner jeudi, combinée au forfait de Carlos Alcaraz, lui ouvre des perspectives inespérées pour un potentiel 25e sacre en Majeur. Si cela devait arriver, à 39 ans et avec tous les pépins cumulés ces derniers mois, on pourra même lui proposer une destination en France où il n'est, à notre connaissance, jamais allé : Lourdes, la ville des miracles.



