Cannes 2026 : littérature et réel s’affrontent dans deux films
Cannes 2026 : littérature et réel s’affrontent

Le Festival de Cannes 2026 a réservé une place de choix à deux films qui interrogent la relation entre littérature et réalité. « Le Journal d’une femme de chambre », réalisé par Léa Mysius, et « Clarissa », de Mia Hansen-Løve, proposent des adaptations audacieuses d’œuvres classiques, tout en les confrontant aux enjeux contemporains.

« Le Journal d’une femme de chambre » : entre fidélité et modernité

Adapté du roman d’Octave Mirbeau, ce film suit Célestine, une femme de chambre au service d’une famille bourgeoise. Léa Mysius transpose l’histoire dans la France d’aujourd’hui, explorant les rapports de classe et de genre avec une caméra acérée. L’actrice principale, Adèle Exarchopoulos, incarne une Célestine à la fois fragile et déterminée. Le film mêle réalisme social et touches oniriques, créant une œuvre hybride qui questionne la notion de vérité dans la fiction.

Un regard sur les dominations

Mysius utilise le personnage de Célestine pour dénoncer les violences invisibles du quotidien. Les scènes de ménage, les non-dits et les humiliations sont filmés avec une précision documentaire. Pourtant, le film ne tombe pas dans le misérabilisme : il offre des moments de poésie et de rébellion. La réalisatrice explique : « Je voulais montrer que la littérature peut encore dire le réel, à condition de le trahir un peu. »

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« Clarissa » : l’intime comme terrain de lutte

Mia Hansen-Løve s’attaque à « Mrs Dalloway » de Virginia Woolf, mais en déplaçant le focus sur Clarissa, une femme d’aujourd’hui. Le film suit une journée de sa vie, entre préparatifs d’une fête et souvenirs douloureux. L’actrice Vicky Krieps donne une performance habitée, mêlant fragilité et force. Hansen-Løve filme les pensées de Clarissa en voix off, restituant le flux de conscience woolfien avec une modernité saisissante.

Le poids du passé

Le film explore la mémoire et le temps qui passe. Clarissa, confrontée à la mort d’une amie, revisite ses choix de vie. La réalisatrice utilise des ellipses temporelles et des plans-séquences pour immerger le spectateur dans la subjectivité de l’héroïne. Le résultat est une œuvre sensible, qui interroge la capacité de la littérature à capturer l’expérience intime.

Deux films en miroir

Ces deux longs-métrages partagent une ambition commune : faire de la littérature un outil pour comprendre le réel. Là où Mysius opte pour une approche sociale et politique, Hansen-Løve privilégie l’introspection. Toutes deux, cependant, refusent la simple illustration d’un texte. Elles réinventent, déplacent, et parfois trahissent leurs sources pour mieux en révéler l’essence.

Le public cannois a réservé un accueil chaleureux aux deux films. Les critiques saluent leur audace formelle et leur capacité à renouveler le genre de l’adaptation littéraire. Reste à savoir si cette tendance se confirmera dans les années à venir. En attendant, ces deux œuvres prouvent que la littérature et le cinéma peuvent dialoguer de manière féconde, en se confrontant sans cesse au réel.

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