Aubry Dullin, l'Héraultais qui incarne Belmondo dans Nouvelle Vague
Aubry Dullin, l'Héraultais qui joue Belmondo

Pour son premier rôle dans un film, l’Héraultais Aubry Dullin incarne rien de moins qu’une légende du cinéma : Jean-Paul Belmondo ! Abonné à la comédie américaine, il partage l’affiche avec Zoey Deutch, qui joue Jean Seberg, pour un baiser iconique du 7e art.

Un sourire irrésistible

C’est le sourire, c’est sûr. Le sien déborde, se barre un peu sur le côté droit, entraîne les yeux dans son élan et finit par fendre la belle poire de son propriétaire en deux. Irrésistible ! Aubry Dullin est Jean-Paul Belmondo. Pas dans la vraie vie. Mieux (s’il faut citer une fois Truffaut, c’est là) : au cinéma. Aubry Dullin incarne Jean-Paul Belmondo dans Nouvelle Vague, la (géniale) comédie du réalisateur américain Richard Linklater, qui retrace le tournage en roue libre d’À bout de souffle de Jean-Luc Godard, en salle ce mercredi. C’est son tout premier long métrage, et il tient le rôle de l’acteur le plus cool du cinéma français tournant dans le film français le plus révolutionnaire, ce qui l’a emmené jusqu’au Festival de Cannes, au mois de mai dernier.

Une vocation précoce

À part ça, Aubry Dullin a 27 ans, travaille en freelance dans la communication, ainsi que dans un escape game de Lattes et vit avec sa chérie, Jade, à Saint-Geniès-des-Mourgues. « J’y suis arrivé avec mes parents à l’âge de 2 ans, en suis parti à mes 18 ans et y suis revenu cette année avec Jade, parce que le ciel gris de Paris, bon… » Rencontré en marge d’une avant-première de Nouvelle Vague à Montpellier, Aubry Dullin se livre sans façon, ni prétention. Il se souvient que le goût de la comédie lui est venu très tôt, 5 ou 6 ans. Bon, ce n’est pas du Brecht, plutôt du sketch emprunté à On ne demande qu’à en rire ou aux Inconnus, mais le môme Aubry y découvre le plaisir de faire rire, et de jouer. Une vocation ? D’évidence. Renforcée par une première expérience alors qu’il est lycéen (option théâtre, bien sûr), sur le téléfilm Crime en Lozère en 2014.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Mais un peu de sérieux : prépa lettres et sciences sociales à Béziers, Sciences Po à Aix-en-Provence, deux ans, puis Washington et l’Irlande pour la troisième année, retour à Aix un an et, enfin, Paris pour la cinquième année, boucler un double diplôme… mais aussi repérer les écoles de théâtre ! « C’était acté avec mes parents : je fais des études, histoire d’avoir un petit coussin de secours, et après, je peux tenter le théâtre. » Tout en poursuivant désormais des études de théâtre, il multiplie les expériences dans des courts métrages d’étudiants. Mais après deux ans et demi d’école, il commence à saturer, il a soif « du vrai truc ».

Coup de bol sur les réseaux sociaux

Coup de bol, sur les réseaux sociaux, il tombe sur l’annonce pour le casting de Nouvelle Vague. La question s’impose alors : savait-il qu’il avait la bobine d’une légende ? « On m’avait dit, deux ou trois fois max’, quand j’étais au lycée, que j’avais des airs de Belmondo jeune, mais pas plus, avoue-t-il. Quand j’ai vu l’annonce, je m’en suis souvenu et je me suis dit : “Pourquoi pas ?”, sur un malentendu, ça peut passer ! » Il sourit. N’empêche, il envoie les deux vidéos demandées et, joie, surprise, est rappelé.

Un casting bien raté

Pour le véritable casting, il va devoir rejouer une interview qu’a donnée Jean-Paul Belmondo dans les années 1960. « Honnêtement, Belmondo, je le connaissais que de nom, mon grand-père l’adorait, je savais qu’il avait marqué le cinéma, comme Alain Delon, mais c’est à peu près tout. Je n’avais pas vu ses films. Je l’ai découvert vraiment avec cette archive de l’INA. Et là, waouh !, ce n’est pas encore “Bébel”, il est encore un peu timide, mais il a déjà quelque chose de sa désinvolture. Mais c’est surtout sa gouaille très particulière, son phrasé d’une autre époque, qui m’a fait un peu peur ! »

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Son casting, le trouillomètre à zéro, devant le réalisateur Richard Linklater et la productrice Michèle Halberstadt Pétin, est tellement « horrible » qu’il ne s’en souvient plus vraiment. Et pourtant… La productrice, dans le dossier de presse du film, raconte : « Pour incarner Jean-Paul Belmondo, Rick (Linklater NDLR) a jeté son dévolu sur le premier candidat de la journée, qui était rongé par le trac. Il demande à le revoir : “Dis-lui qu’il est le seul à revenir, ça le mettra en confiance”. En effet, le lendemain, Aubry Dullin est exceptionnel. Je demande à Rick ce qu’il avait repéré en lui la veille : “Il est naturellement souriant, léger. Belmondo, c’était un soleil. Ce garçon, il a ça”. »

Quand on vous dit que c’est le sourire ! Dès lors, Aubry Dullin va bosser son Belmondo, lire son autobiographie Mille vies valent mieux qu’une, potasser la bio écrite par Laurent Delmas, regarder des documentaires, voir ses films (euh, À bout de souffle, beaucoup !) et se mettre à la boxe. « J’ai dû prendre quelque chose comme 9 kg en trois mois et la boxe m’a vraiment aidé pour mon interprétation de Belmondo, pour la scène dans laquelle on le voit s’entraîner mais au-delà, pour trouver son swing, sa démarche, sa manière d’être toujours détendue… »

Le fait est qu’à l’époque, Jean-Paul Belmondo, déjà un parangon de coolitude, est convaincu que le film qu’il tourne pour son copain Godard un peu azymuté, avec cette nouvelle star Seberg un peu paumée, ne sortira jamais en salle, aussi s’amuse-t-il de tout. Soixante-cinq ans plus tard, c’est la consigne de jeu de Richard Linklater sur le tournage : « Rick m’a dit qu’il fallait juste que je m’amuse et que j’essaie de draguer tout le monde : “Toutes les personnes que tu croises dans le film, tu les dragues ! Que ce soit Godard, Seberg, Coutard ou le barman, tout le monde, Belmondo, quoi !” OK, alors je me suis amusé et j’ai fait des blagues, et puis… voilà ! »

Alors son sourire prend le large, on n’oublie pas Belmondo, il est inoubliable, mais on a découvert Aubry Dullin et on va s’en rappeler !